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dimanche 19 juin 2011

Allégeance présumée au président Ouattara,
Aicha Koné: « Je ne me reconnais pas dans les propos de Traoré »

La Diva Aïcha Koné
La diva de la musique ivoirienne affirme n’avoir jamais mandaté personne pour parler en son nom.

 « Je n’ai de problème avec personne. Mais je voudrais dire que je ne me reconnais pas dans les propos de Traoré. Ça n’engage que lui car je ne l’ai jamais mandaté pour parler en mon nom. J’ai un chargé de communication. Le jour où je ne serai pas en mesure de faire une déclaration, c’est à lui que je demanderai de la faire à ma place », a réagi Aîcha Koné, jointe la nuit de jeudi par téléphone, alors qu’elle se trouvait en Sierra Leone pour un concert. 
« Mon problème actuellement, c’est que la paix reviennent totalement en Côte d’Ivoire, que les fils et filles de notre pays revivent en toute sécurité, circulent sans être inquiétés. Et nuit et jour, je prie dans ce sens », a ajouté la diva de la musique ivoirienne pour qui la déclaration de son collaborateur est un acte de trahison. « C’est grave, ce qu’il a fait. Je l’ai d’abord appelé pour lui signifier ma colère, avant qu’à mon retour on règle cette histoire », a insisté Aïcha Koné.

 Dans une interview à Star Magazine, Traoré Yaya, se présentant comme le chargé de mission d’Aïcha Koné, faisait un appel du pied au nouveau président ivoirien Alassane Ouattara. Selon Traoré, la diva reconnaît la victoire du RHDP à présidentielle de novembre 2010 au détriment de son adversaire du second tour, son candidat Laurent Gbagbo. Il affirme même qu’elle n’a jamais été contrainte à l’exil en Guinée avec son fils Shaga où elle séjournerait pour récupérer du traumatisme qu’elle ont subi pendant la guerre d’Abidjan. 

 Depuis Aicha Koné ne dort plus tranquille. Elle pour qui tout porte à croire qu’elle cherche à entrer dans les bonnes grâces du nouveau président, après avoir donné sa voix à son adversaire Laurent Gbagbo. Ainsi elle a tenu à corriger ce qu’elle considère comme une grave sortie de route de la part de son homme de main pour couper court à toute allégation susceptible de ternir son image.


Source Notre Voie

vendredi 17 juin 2011

Côte d`Ivoire: malaise dans les forces armées malgré la paix retrouvée

Un soldat de Ouattara
 "On est obligé de faire avec, mais vraiment
c`est pas facile", soupire un policier à Abidjan. Malgré la paix retrouvée, un
malaise persiste au sein des forces armées ivoiriennes entre combattants du
président Alassane Ouattara et forces du régime déchu.
L`heure est officiellement à la coopération entre Forces républicaines
(FRCI) ayant porté M. Ouattara au pouvoir et membres des ex-Forces de défense
et de sécurité (FDS), en place jusqu`à la chute de l`ancien chef de l`Etat
Laurent Gbagbo le 11 avril, arrêté après quatre mois de crise post-électorale
et dix jours de guerre à Abidjan.
Mais dans les commissariats, les brigades et les casernes, l`osmose est
difficile.
Au camp Galliéni même, siège de l`état-major de l`armée, les éléments FRCI
souvent en tenues dépareillées et parfois munis de gris-gris (talismans) -
nombre d`entre eux sont issus de l`ex-rébellion du Nord - sont plus visibles
que les anciens FDS.
Symbole d`un changement d`ère, mais aussi de la confusion du moment: le
général Soumaïla Bakayoko, chef d`état-major tactique des FRCI, y occupe les
bureaux du général Philippe Mangou, nommé par M. Gbagbo et pourtant encore
officiellement à la tête des forces armées.
"On appelle les ex-FDS pour travailler ensemble mais il ne faut pas qu`ils
fassent du zèle. On s`est battu pour être ici", explique à l`AFP un combattant
des FRCI, dénonçant le mépris de certains ex-FDS à leur endroit.
Du côté des ex-FDS, beaucoup "se sentent frustrés quand ils doivent
travailler sous les ordres du cordonnier du coin ou de l`apprenti-chauffeur
qui occupe leur bureau", admet un commissaire de police.
"Ce n`est pas du tout facile", répète un jeune policier en secouant la
tête, dans un autre commissariat. Habillé en treillis et sans arme, il cache
mal son dédain lorsqu`il jette un regard vers un soldat des FRCI, vêtu d`un
uniforme de gendarme et kalachnikov à la main, posté à l`entrée.
"Parce qu`ils portent des treillis aujourd`hui et ont des armes, tous ces
gens-là se prennent pour des militaires", peste un autre policier, pointant
leur formation souvent rudimentaire.
Certains ex-FDS digèrent mal d`être rangés dans le camp des vaincus: "on
n`a pas fait la guerre", se justifient-ils.
Les FRCI ont en effet livré bataille au carré des fidèles de Laurent
Gbagbo, renforcé de miliciens et de mercenaires, tandis que l`essentiel des
FDS, comme la plupart de leurs chefs, attendaient l`issue des combats pour se
rallier.
Dans les deux camps, on reconnaît qu`il y a au quotidien de "petits
accrochages", mais on se dépêche de rassurer: "maintenant, ça va nettement
mieux".
Selon le commissaire, lui-même FDS ayant rejoint les FRCI dès le début de
l`offensive pro-Ouattara à Abidjan, l`un des signes de cette détente est que
depuis un mois les ex-FDS n`ont plus à présenter de laissez-passer. "Ca
causait tellement de désagrément qu`on a laissé tomber", raconte-t-il.
Cependant, policiers et gendarmes restent encore rares dans les rues, où
l`on voit davantage les FRCI patrouiller, souvent à bord de véhicules civils
volés lors de l`assaut.
Quant aux éléments ex-FDS qui ont repris le chemin du travail, ils
demeurent inquiets pour leur sécurité: la prison d`Abidjan a été ouverte aux
premières heures de la descente des FRCI sur la capitale économique.
"On travaille la peur au ventre parce que tous les bandits qu`on a
emprisonnés sont dehors et armés", lâche un policier

Source Afp

jeudi 16 juin 2011

Fermeture des universités publiques, Menace sur les diplômes ivoiriens / Le silence troublant du Gouvernement : Ce qu’il faut pour redécoller

Les universités d’Abobo- Adjamé et de Cocody ont été fermées, le 19 avril 2011, en même temps que les citées universitaires, pour des travaux. Mais depuis lors, le sujet semble tabou. Le silence du Gouvernement est troublant. Et au bout du compte, les diplômes ivoiriens courent le risque de ne pas être reconnus.
Le système Licence Master Doctorat (Lmd) sera exigé dans les universités et grandes écoles de tous les pays membres de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa), à partir de 2012 . « Si une université n’intègre pas ce système dans son enseignement, les diplômes délivrés à ses étudiants ne serviront qu’au village », a soutenu le professeur Lazare Poamé, président de l’Université de Bouaké, lors d’une récente conférence de presse. Pendant que, dans la sous-région, on s’emploie à y parvenir, les universités ivoiriennes, fermées depuis avril, ne sont toujours pas rouvertes. C’est vrai que la rentrée à l’université de Bouaké est fixée au 1er octobre 2011. Mais nul ne sait le sort des universités de Cocody et d’Abobo- Adjamé. Dans tous les cas, il est plus que nécessaire, pour le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Cissé Ibrahima, nommé le 1er juin dernier, de mettre les bouchées doubles dans la recherche de solutions, pour la reprise des cours. Il faudra alors que l’Etat consentisse d’énormes sacrifices, dans l’immédiat, pour sauver les diplômes ivoiriens. En effet, la quasi-totalité des universités et grandes écoles publiques a été saccagée et pillée pendant la dernière crise aiguë post- électorale, sans compter les pertes subies par l’université d’Abobo-Adjamé qui n’a plus de locaux dont celui de l’administration, après avoir reçu des obus, en février. Jusqu’à mercredi dernier, à part les baraques abritant de petits métiers et autres maquis (terme désignant un bistrot), qui foisonnaient autour des cités universitaires et qui ont été déguerpis, au lendemain de la prise de ladite mesure, le démarrage des travaux n’était pas effectif. Or, il faut quelques logements, au moins, pour le millier d’étudiants handicapés avant la reprise des cours. Au sujet des enseignements, justement, des Unités de formation et de recherche (Ufr) n’ont pas encore terminé l’année 2009-2010. Une année blanche, selon le professeur Traoré Flavien, porte-parole de la Coordination nationale des enseignants du supérieur et des chercheurs (Cnec), est nécessaire pour repartir d’un bon pied.
Trêve
L’Etat devra demander une trêve, au niveau des grèves, aux enseignants et au personnel administratif et technique en signant un moratoire, avec à la clé, la ferme promesse de respecter les termes du document. Cela, parce que sur plusieurs mois, depuis 2007, les revendications pour un meilleur traitement salarial, et le non respect des engagements pris par les autorités ont fortement contribué au retard dans la progression des enseignements.
Autre chose, l’Etat doit apporter des solutions au problème d’infrastructures. Sur cette question, le professeur Valy Sidibé, directeur de l’Enseignement supérieur public en 2009, avait, lors d’une conférence de presse, en mai de la même année, dressé un tableau peu reluisant: « L’enseignement supérieur public de Côte d’Ivoire, c’est 156. 772 étudiants pour une capacité d’accueil global de 27. 450 places. Il faut donc des infrastructures ».
Concernant le corps enseignant et les chercheurs, il en avait relevé 538 dans les grandes écoles publiques et 1.513 dans les universités publiques, pour un total de 3 universités, 2 Ures (Unités de recherches de l’enseignement supérieur), 3 grandes écoles et 3 grands écoles inter-Etats. En Criminologie, par exemple, avant la crise post- électorale du 28 novembre 2010, il y avait un ratio de 1 enseignant pour 500 étudiants. Dans la plupart des Ufr, il y a 1 enseignant pour 75 étudiants contre 1 enseignant pour 25 étudiants, selon la norme Unesco. Le taux de croissance annuel de l’effectif des étudiants est de 5,93 % (on est passé de 87. 873 étudiants en 1996 -1997 à 156. 772 étudiants en 2006-2007), sans que la capacité d’accueil ne s’y adapte. En 2009, un « plan Mashall » avait été souhaité pour l’Enseignement supérieur et la recherche scientifique. Cela, pour la construction de bâtiments et amphithéâtres, de laboratoires, de bibliothèques (équipement), pour l’application du programme de décentralisation des universités, le recrutement d’enseignants et un budget de 20 milliards de francs Cfa pour l’applicabilité du système Lmd, qui s’impose à tout l’espace Uemoa depuis novembre 2009. Ce montant est à revoir à la hausse, maintenant, avec tout le matériel didactique qui a été détruit ou emporté. Ladite année, la construction de 20 bureaux d’enseignants par université et Ures (Daloa et Korhogo) étaient vivement souhaitée. 6 amphithéâtres avaient été demandés pour Cocody et 3 pour les autres. Le besoin de 10 salles de Tp et de Td, 5 laboratoires, 3 blocs sanitaires et autant de bibliothèques, et un foyer pour les universités et Ures avait été signifié aux autorités.
15 milliards de francs Cfa Un minima de 15 milliards de francs Cfa avait été arrêté pour entreprendre tous ces travaux, y compris des salles de Tp et Td pour l’Ens (20) et l’Inphb (20), 15 laboratoires de langues, 10 amphithéâtres de 500 places, 4 bibliothèques, 6 salles informatiques et 2 foyers pour ces grandes écoles. Mais rien n’y fit. Et puisqu’aujourd’hui, plus qu’hier, les besoins sont énormes, on comprend que les montants évoqués seront revus à la hausse. Un document élaboré en avril 2010 intitulé « crise dans l’enseignement supérieur et la recherche scientifique : les solutions de la Cnec », pose un profond diagnostic des malaises dans les universités et grandes écoles, avant de proposer des solutions qui pourraient aider l’Etat à prendre une bonne option sur leur résolution. On en retient, entre autres, que les salaires des enseignants et des chercheurs doivent être virés au même moment que les fonctionnaires du budget général parce que jusqu’au 15 du mois, ils sont nombreux à ne pas être payés. « Le relèvement des frais d’inscription est possible. Il ne peut être envisagé que si l’administration universitaire démontre aux étudiants que ces frais sont utilisés de manière transparente pour améliorer effectivement leurs conditions de travail », lit-on. A ce sujet, les étudiants, à travers leurs associations, l’année passée, étaient d’accord pour le principe, mais entendaient avoir des discussions avec les autorités. Les enseignants et chercheurs veulent bénéficier d’une assurance maladie, d’un hôpital et d’une opération immobilière, l’augmentation des primes de recherches, etc. A tout cela, il faut ajouter la réhabilitation des cités universitaires, dans l’immédiat et la construction de nouvelles résidences, à moyen terme, comme l’ont voulu les étudiants, lors d’un séminaire qui s’est tenu en 2007, sur l’amélioration des conditions de vie des étudiants dans les résidences universitaires. Par ailleurs, ils avaient souhaité que l’attribution des chambres se fasse dans la transparence.
L’Etat, comme on le voit, a du pain sur la planche, s’il tient à ce que les étudiants qui sortent des universités ivoiriennes aient de la cote.
Source Soir Info

mardi 14 juin 2011

Côte d'Ivoire: Lettre ouverte de Serges Kassy à Alpha Blondy : “Alpha Blondy veut me sacrifier sur l’autel de ses intérêts”

L'artiste ivoirien Serges Kassy
 Cédant à l’amitié qu’il manifeste à votre quotidien ‘’L’Intelligent d’Abidjan’’, l’artiste ivoirien Serges Kassy en est arrivé à vous offrir, par le biais de nos colonnes, cette lettre ouverte à Alpha Blondy. C’est donc dans l’après-midi, d’hier lundi 13 juin 2011, que l’équipe rédactionnelle a reçu le mail contenant la déclaration du Reggae maker, membre de la galaxie patriotique sous le défunt régime. Bonne lecture !
Pendant 10 ans, nous nous sommes battus pour défendre les institutions de la République de notre pays et notre choix pour la résistance civile et notre credo: la résistance aux mains nues. Tout le monde entier, nous a vus à l’œuvre dans des sit-in, meetings et autres. Jamais notre image n’a été mêlée à des histoires de milices, d’armes et d’affaires militaires. Mieux, les nouvelles autorités ivoiriennes n’ont de griefs à mon encontre. C’est pourquoi, je condamne avec force l’attitude irresponsable, mesquine et idiote du sieur Alpha Blondy... De quoi s’agit-il? Il y a 15 jours depuis Paris – France, j’ai eu Alpha Blondy au téléphone m’informant d’une rumeur me concernant sur une éventuelle distribution d’armes à Port-Bouët et à Angré et souhaiterait que je fasse un démenti, afin que la rumeur ne s’enfle pas.
Je lui ai dit que si c’est une rumeur, je souhaite ne pas répondre afin qu’elle s’éteigne d’elle-même. Alpha Blondy a insisté et je lui ai dit que j’allais voir. Car, entre-temps, il m’avait promis une aide financière et que
cette rumeur l’empêchait de le faire.
J’appelle donc mes conseillers, des amis et certains journalistes restés à Abidjan afin de savoir si des journaux en ont parlé ou s’ils ont entendu parler de cette rumeur. Tous m’ont répondu par la négation et tous m’ont déconseillé d’en parler, car en réalité elle n’existait que dans l’imagination du sieur Alpha Blondy. Je lui envoie un sms pour l’informer de l’impossibilité pour moi de faire un démenti et je lui en donne les raisons. Non seulement l’aide n’est jamais venue mais je n’ai pas eu de réponse de mon grand frère. Je croyais cette histoire close quand il y a quelques jours Monsieur Alpha Blondy sortant d’une audience avec le Président Ouattara suite à une question posée par un journaliste lui demandant s’il allait me tendre la main sur ma participation à sa caravane de la paix, Monsieur Alpha Blondy ose sans vergogne et comme s’il avait un problème particulier avec moi, dire qu’il y a une rumeur sur moi disant que j’aurai distribué des armes à Port-Bouët et à Angré et que jusqu’à présent il n’a pas encore vu mon démenti et qu’il veut organiser une caravane avec des gens propres. “Propres”, le mot est lâché.
De quoi parle Alpha Blondy? Comment quelqu’un avec qui j’ai passé 35 années de ma vie, avec qui j’ai partagé beaucoup de choses depuis mes années estudiantines jusqu’aujourd’hui que je considérais jusqu’alors comme un grand frère peut-il se comporter de la sorte?
Comment peut-il
donner forme à une rumeur qui en fait n’existait pas jusqu’à ce que lui Alpha Blondy n’en fasse l’écho? Je suis outré de ce comportement indigne de ce grand frère qui sous l’autel de ses intérêts peut sacrifier son frère. Je prends donc la communauté nationale et internationale à témoin de tout ce qui pourrait m’arriver suite aux allégations mensongères du sieur Alpha Blondy sur ma personne et souhaiterait faire les précisions suivantes.
Premièrement, jamais je n’ai été mêlé ni de près ni de loin à une quelconque distribution d’armes, car mon éducation et les idéaux que je défends ne me permettent pas de le faire.
Deuxièmement, je ne suis demandeur d’aucune participation à une quelconque caravane de la paix si le sieur Alpha Blondy pense qu’il a eu une occasion de se faire les poches et de saisir la main tendue que lui a faite les nouvelles autorités ivoiriennes eh bien qu’il le fasse sans salir mon nom, encore mieux sans me jeter à la vindicte populaire. Car, il le sait très bien que je suis incapable de faire ce genre d’opération car étant un artiste engagé, je me suis toujours battu pour éviter que le sang coule autour de moi. Troisièmement, Alpha Blondy parle de faire une caravane avec des gens propres, ayiah! lui Alpha Blondy, il est propre, laissez-moi rire. Comment un artiste de sa trempe peut-il être aussi incohérent comme ça?
Donc, lui toute sa vie, il va manger à toutes les tables? D’Houphouët-Boigny à Bédié en passant
par Gbagbo, Alpha Blondy a organisé des concerts de paix financés à des montants faramineux par ses différentes personnalités tout dernièrement Laurent Gbagbo avec qui Alpha Blondy avait donné son total et indéfectible soutien a reçu pour les deux concerts organisés à Grand-Bassam et à Yopougon des montants tellement énormes que tout le temps que j’ai passé avec le président Gbagbo, je n’ai pas eu le tiers tellement il avait la confiance du président Gbagbo, et surtout de Charles Blé Goudé dont il était devenu le jumeau. C’est le même Alpha Blondy il y a quelques mois seulement traitait Monsieur et Madame Ouattara de tous les noms que l’on peut imaginer. Surtout de Madame Ouattara la pauvre et aujourd’hui après un virage à 200 degrés lui Alpha Blondy ose me traiter d’homme pas propre. Non, c’est le monde à l’envers. On peut dire que Serges Kassy soutient Gbagbo, que Serges Kassy a battu la campagne de Gbagbo, que Serges Kassy avec ses amis de l’alliance patriotique ont fait des meetings et des sit-in pour mobiliser les masses. Oui !
Monsieur Alpha Blondy, cela je l’assume et je l’assumerais devant l’Eternel. Mais, voulant faire plaisir à qui, je ne sais pas. Et me sacrifier pour cela, je ne peux l’accepter. C’est pourquoi je pense que si les nouvelles autorités sont dans une dynamique de paix, cela est à saluer mais je pense que Alpha Blondy n’est pas celui le mieux indiqué pour conduire cette caravane. C’est plutôt Tiken Jah qui lui au contraire est resté
constant dans son soutien à la rébellion jusqu’au pouvoir. C’est plutôt lui qui doit nous appeler y compris Alpha Blondy qui était des nôtres.
Je voudrais terminer par un vœu, celui de demander aux nouvelles autorités qui ont décidé d’aller à la paix et la réconciliation, que cette réconciliation ne peut se faire que lorsque les deux parties antagonistes seront réunies. Que serait une caravane de réconciliation qui passe dans les différentes villes sans les militants LMP (La Majorité présidentielle) ? Que serait une caravane de la paix et de la réconciliation si Laurent Gbagbo et les siens croupissent encore en prison? Je demande aux nouvelles autorités d’y penser. Cela serait la cerise sur le gâteau que nous ne nous appesantissions sur les élucubrations de quelqu’un qui nage à vau l’eau et qui, en fait, ne profite que de nous.
Bien de choses au peuple de Côte d’Ivoire. Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire!
Serges Kassy
Artiste musicien chanteur
Chevalier de l’ordre du mérite
Chevalier de l’ordre culturel

jeudi 9 juin 2011

Toure Zeguen:" Que M koulibaly arrete de vilipender Laurent Gbagbo"

Touré Zeguen, membre de la galaxie patriotique de Côte d'Ivoire
  Interview de TOURE ZEGUEN
 
 
Cnivoir.org:     Présentez vous.
 
Zeguen  : Je suis Touré Moussa Zéguen Président de la C.I.L.CI, Coalition Internationale pour la libération de la Côte d'Ivoire. En outre je suis le premier responsable de la CONARECI.
 
CNIVOIR:     Quelle est la différence entre la C.I.L.C.I et la CONARECI
 
Zeguen: La conareci est la coalition nationale des résistants de Côte d'Ivoire qui est un ensemble de mouvements de résistance en Côte d'Ivoire. Ce mouvement a résisté jusqu'au bout, jusqu'à ce que la France accomplisse sa forfaiture.Elle est plutôt nationale et sa naissance répondait aux besoins du terrain du moment et nous sommes sur une nouvelle longueur d'onde qui justifie la création de la CILCI .Les nombreuses tueries et exilés que nous avons connu et la nécessite de créer une synergie entre les organisations et les activistes en lutte. On va donc dire que la C.I.L.C.I.  est a la Coalition de tous les Ivoiriens habitants en Côte d'Ivoire ou à l'extérieur qui ont le désir réel de libérer le pays. Son siège provisoire est à ACCRA au Ghana et nous donnerons de plus amples détails sur notre adresse très prochainement.
 
CNIVOIR:  Pouvez vous nous expliquez pourquoi certains de vos anciens camarades leaders patriotiques  ont trahi ? Et qu'est ce que cela fait à votre lutte ?
 
Zeguen:  J'avais voulu ne pas en parler. Je ne sais pas ce qui les habite en ce moment. Mais je pense qu'ils vont se ressaisir, et nous rejoindre. La trahison  pose le problème de la conviction dans une lutte. Était-ce des homme résolus ? Ou était ce des combattants alimentaires je ne saurai vous le dire. Ce qui est sûr lorsqu'on lutte il faut s'attendre à cela. Ceux qui abandonnent la lutte montrent leur vrai visage. Et nous donnent des enseignements quant à la suite du combat. Aujourd'hui, je me sens plus fort et me permet de constater que nous avons muri  d'avantage. Ce que nous avons vécu à Abidjan, l'expérience de chaque jour ici  au Ghana au Togo au Bénin Mali  et dans les camps de réfugiés me donnent une grande responsabilité. Je vois mes compatriotes souffrir a l’étranger et au pays  et mon devoir est de leur donner espoir. C'est ce que Laurent Gbagbo nous appris et c'est ce que nous pratiquons.
 
CNIVOIR:     Vous nous devancez dans les motivations qui vous ont poussé à créer la C.I.L.C.I
 
Zeguen: Vous avez tout compris. On ne peut pas vivre ce que nous vivons à Accra, à Elubo( Ghana), au Togo , avec des compatriotes, et rester insensible. Toutes les nouvelles d'exactions, de dépouillements, de destructions qui nous viennent du pays nous amènent à redoubler d'effort, à se battre plus pour consoler  les Ivoiriens. C'est le sens de la coalition internationale pour la libération de la Côte d'Ivoire en abrégé CILCI. Au pays nous n'avons jamais baissé les bras pour expliquer le sens du combat que nous livrions avec le président Laurent Gbagbo contre la France et ses valets. Hors du pays nous devons être plus motivés pour sauver ce pays qui est le seul que nous avons.
 
Cnivoir: Pensez vous que la partie n'est pas perdue avec la communauté internationale, la France et tous ses alliés qui vous ont combattu ?
 
Zeguen:  C'est l'erreur que beaucoup font. Certes nous avons perdu une bataille mais pas la guerre. Nous avons replié mais nous n'avons pas fui. Et d'ailleurs nos frères Ivoiriens qui n'avaient pas  compris le combat hier commencent à le comprendre. Ils nous appellent chaque jour et se rallient à notre combat. Pas plus qu'hier un haut responsable de la rébellion est arrivé à me joindre pour me faire part de ses regrets. Il vient de comprendre qu'Alassane n'est pas venu pour la cause des Ivoiriens, mais pour la France et  certains pays étrangers. Le PDCI vient d'être trahi et nous avons rencontré un cadre de ce parti de passage à ACCRA qui nous a fait part de son inquiétude. Rien ne peut faire reculer un peuple déterminé. C'est Mao Tse Toung qui disait que l'échec dans le combat est une phase de réflexion pour corriger les erreurs et atteindre l'objectif. Nous allons gagner et nous allons retourner au pays soyez sûr, observez seulement.
 
Cnivoir: Vous êtes vraiment confiant.
 
Zeguen:     Très confiant, le pouvoir d'Alassane est un château de cartes. Il a en lui ses propres contradictions, il tombera peut être de lui même. En tout cas nous l'aiderons dans ce sens. Mieux nous avons aussi des amis français qui constatent que le sous préfet ADO les a aussi trompe en leur faisant croire qu’il était adore  des ivoiriens et qu’il pourrait contrôler la situation en cas de coup d’état français en sa faveur. Beaucoup des financiers français comprennent qu’ils ont été trompe car ils voient  la popularité de Laurent Gbagbo avec les milliers d’exilés et déserteurs qui n’ont pas confiance en ces tueurs de la FRCI .
Cnivoir: Que préparez vous en ce moment ? on vous accuse de fomenter un coup d'état.
Zeguen: En ce moment qu'Alassane ne panique pas, nous ne préparons pas de coup d'état. C'est la panique en leur sein qui leur donne la sueur froide. Nous sommes plutôt préoccupés à nous occuper de nos frères qui souffrent dans les camps et dans les pays de refuge. Nous sensibilisons et nous informons. Notre calendrier est énormément chargé.  Nous envoyons même bientôt des émissaires au Liberia pour s'enquérir de la situation des Ivoiriens qui sont dans les camps. Même si nous informons la communauté internationale sur les crimes des hommes  de ADO nous ne préparons aucun coup d’état car nous avons confiance en la force populaire  qui va les faire partir. Néanmoins personne n’ignore que leur coup de force français peut inspirer d’autres  putschistes   de manière légitime Nous autres avons opt2 pour la révolution populaire qui va laver ce pays tant convoite
 
Cnivoir: Blé Goudé vient de sortir de sa cachette, quels commentaires pouvez vous faire?
 
Zéguen:C'est un camarade de lutte et nous croyons que sa sortie vient de rassurer les nombreux Ivoiriens qui étaient inquiets. Il a sa place dans la lutte et doit contribuer  a la mobilisation générale pour la victoire sur les forces rétrogrades
 
Cnicoir:   Votre commentaire sur l'actualité.
 
Zeguen: De prime abord, les voyages d'Alassane viennent de prouver qu'il n'est pas libre de ses actions et qu'il n'est qu'un pion d'un système déjà ficelé. Il va en Europe pour endetter à nouveau la Côte d'Ivoire comme autrefois alors que le pouvoir Laurent Gbagbo luttait pour l'indépendance économique de la Côte d'Ivoire, arrêter de tendre toujours la main à l'occident. Secundo, la formation du gouvernement montre que Dramane ne tient pas parole. Il a trahi son pacte avec Bédié quant à la nomination d'un premier ministre qui devait sortir de ce parti. Ces derniers devraient en principe en tirer une leçon. Mais comme ces gens n'ont pas de couille...(rire). La dernière sortie de Mamadou Koulibaly dans Jeune Afrique ne me  rassure pas  quant à sa capacité a fédérer toutes les energies des militants qui sont majoritairement Gbagboistes comme moi. Je souhaite que Mamadou Koulibaly arrête de critiquer les choix du président Laurent Gbagbo et en faisant croire que nous n’avons pas gagne les élections, Car il faut être claire des a présent avec tous ceux qui veulent s’accaparer le fruit de plus trente années de lutte d’un homme  et le combattre avec. Si Mamadou Koulibaly n’arrête pas il va falloir qu’il laisse la tête du parti appelé Front populaire Ivoirien et aller créer le sien. A bon entendeur salut. Gbagbo est un poids lourd de la lutte émancipatrice dans les consciences en Afrique et lui Mamadou Koulibaly n'a pour le moment  aucune légitimité pour le vilipender au profit de Ouattara Dramane
 
Cnivoir:  Revenons un peu sur l'organisation de la C.I.L.C.I. Avez vous des contacts avec des Ivoiriens de la diaspora ?
 
Zeguen:     Oui, ils nous encouragent et nous avons déjà des cellules dans des pays européens et en Amérique. En Afrique du sud et en Israël des discussions sont en cours pour une représentation dans ces pays. Je profite de votre page web pour lancer un appel à tous les Ivoiriens désirant s'organiser de prendre contact avec nous en nous écrivant à cilciad@gmail.com. Bientôt nous mettons en ligne un site internet pour plus d'informations. Nous invitons l’ensemble des ivoiriens  a former leurs cellules autonomes  de vingt cinq membres  et comment la mobilisation, Nous sommes également prêt s pour a répondre aux invitations des patriotes dans les différents pays africains et partout dans le monde   Par ailleurs nous nommerons bientôt nos représentants dans les différents pays pour aider  a l’implantation de la coalition   a travers le monde.
 
Cnivoir: Votre dernier mot.
 
Zeguen: Je lance un appel d'espoir à tous nos compatriotes restés au pays qui nous appelle en longueur de journée. Qu'ils soient rassurés Dieu combat pour nous, bientôt il fera jour . Enfin à tous nos compatriotes de la diaspora de se joindre à notre combat, ils peuvent s'ils le désirent se rendre sur place en Afrique  pour constater d'eux mêmes l'efficacité du travail quotidien.Ils peuvent nous inviter partout pour les débats et autres activités. L'ivoirien nouveau est né, celui qui a un attachement véritable à son pays. Celui qui sait que la recolonisation de l'Afrique ne devra plus continuer  si nous restons unis et mobilises. Nous finissons par exiger la liberation sans condition du président Laurent Gbagbo, de Affi Nguessan, mme Simone Gbagbo et l'ensemble de nos prisonniers politiques.    Que Dieu donne longue vie à votre site.
 
source www.tourezeguen.com

mardi 7 juin 2011

Communique de Presse des Conseils du Président Laurent Gbagbo, de son épouse, de ses Parents et amis, collaborateurs politiques et militaires enlevés - séquestrés et détenus arbitrairement .

La maltraitance continue pour Gbagbo et les siens
 Pendant deux semaines, les Avocats Ciré Clédor LY (Barreau de Dakar -Avocat inscrit sur la liste des conseils de la Cour Pénale internationale et du Tribunal Pénal International pour le Rwanda), Lucie Bourthoumieux (Barreau de Paris) et, Jean Serges Gbougnon, DAKO Zahui Toussaint (Barreau de Cote d’ivoire), ont sillonné la Cote d’ivoire pour assister le Président Laurent Gbagbo, son épouse, son fils, ses amis ainsi que ses collaborateurs assignés à résidence depuis le 11 avril 2011.
Les conseils portent à l’attention de la communauté internationale, le défaut de signification aux concernés du décret d’assignation à résidence.
Cette omission sciemment voulue et entretenue, viole fondamentalement les droits de l’homme, ainsi que les dispositions légales qui règlementent la mesure d’assignation à résidence.
Les Conseils dénoncent avec vigueur les conditions matérielles inhumaines dans lesquelles des personnes ayant occupé les plus hautes fonctions d’un Etat sont contraintes de vivre.
Ces personnes sont en effet, soit enfermées dans des cellules infectes d’une prison poreuse aux intempéries (Bouna), soit détenues dans des locaux infestés de mambas et de moustiques (Katiola).
Les conseils demandent prestement l’arbitrage des Nations Unies et des organisations des droits de l’homme, aux autorités concernées, de publier au journal officiel de l’Etat de Côte d’Ivoire et de notifier aux assujettis le décret d’assignation à résidence ou un acte judiciaire pouvant légitimer la mesure, à défaut de lever cette dernière qui caractérise l’enlèvement, la séquestration et la détention arbitraires de personnes pour des raisons politiques, sans acte administratif, ni judiciaire justifiés.
Les conseils portent à la connaissance de l’opinion publique nationale et internationale que les personnes enlevées, séquestrées et arbitrairement assignées à résidence ne bénéficient pas des droits les plus élémentaires à savoir :
• la lecture de journaux et de livres,
• l’écoute de la radio et de la télévision,
• la liberté de circulation ne serait-ce que dans l’enceinte des cours des lieux de leur supplice,
• un lit et des soins minima pour les malades (médicaments, contrôle médical, régimes alimentaires adéquats …),
• le droit élémentaire et démocratique de visite des avocats et parents, hors la présence de personnes en armes
• l’éradication de risques potentiels de bavures par le maintien hors des résidences des hommes en arme,
• un téléphone portable sans confirmation officielle de leur statut de prisonniers,
• la désinfection et de l’équipement décent des lieux.
Toute chose qui constitue des violations graves des droits de l’homme qu’un Etat de droit ne saurait tolérer.
Les conseils exigent dès lors des autorités ivoiriennes, la libération immédiate et sans condition de ces personnes injustement arrêtées et assignées à résidence forcée.
Les conseils ont reçu mandats directs et impératifs, d’engager des poursuites pour enlèvement, séquestration, détention arbitraire et complicité contre des personnes physiques d’une part ; violations graves du droit international et complicité de ces violations par des personnes physiques ayant agit sous l’instigation ou avec la participation d’un pays, d’une organisation ou d’un groupe armé dont elles assuraient le commandement ou le contrôle, d’autre part.
Les conseils s’insurgent contre la violation de la Constitution, de la Loi organique sur la Haute Cour de justice de Côte d’Ivoire et surtout des règles du droit communautaire et du droit international consécutivement aux immunités de procédure et de fonctions.
En outre, les conseils, informés de l’assignation par la présidence de la Cour Pénale internationale, déférant la situation en République de Cote d’ivoire à la chambre Préliminaire 2, suite à la lettre du 19 mai 2011 par laquelle le Procureur a informé le Président de la CPI de son intention de soumettre à la chambre une requête préliminaire afin d’obtenir une enquête sur la situation en Cotre d’ivoire depuis le 28 novembre 2011, s’interrogent sur le choix sélectif de la seule période visée par le Parquet de la CPI, lequel amnistie de fait des violations massives des droits de l’homme consécutives à la commission de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre, utilisation d’enfants soldats et de génocide perpétrés de 2002 – 2003 au 28 novembre 2010 lesquels entrent dans la compétence rationae materiae et temporis de la Cour Pénale internationale.
La CROIX ROUGE INTERNATIONALE, AMNESTY INTERNATIONAL et HUMAN RIGHT WATCH et bien d’autres organisations internationales de défense des droits de l’homme ont des éléments probants sur cette période, et que nul n’ignore
Par ailleurs, les conseils s’interrogent sur l’harmonie du ménage de cette démarche hâtive et prématurée d’avec le principe de la compétence subsidiaire de la CPI.
Les conseils rappellent à la mémoire de la communauté internationale, les victimes de la période omise et leurs droits imprescriptibles.
Ils rappellent aussi les principes d’équité et d’égalité de traitement dans la mise en œuvre du statut de Rome, ainsi que l’esprit de justice qui est celui fédérateur de l’adhésion des peuples à la création d’une Cour Internationale au dessus de toutes les contingences et à l’écoute de toutes les situations qui donnent des raisons de croire que des personnes ou des groupes de personnes ont été victimes de violations graves du droit International .
Sur le terrain, les auditions se poursuivent et les conseils continuent leur mission.
Fait à Abidjan, le 05 juin 2011

Côte d'Ivoire: Interview / Blé Goudé explose : « Je suis prêt… » « Je serai le dernier à lâcher Gbagbo »

Charles Blé Goudé
Un intermédiaire à Paris faisant office de simple contact, un numéro de téléphone masqué pour un premier entretien, un autre mis immédiatement hors service après l'interview ...

Charles Blé Goudé voulait parler, mais a pris toutes les pré cautions pour que nous ne puissions pas le localiser. La voix authentifiée, quelques questions préalables pour s'assurer de l'identité de notre interlocuteur... Les précautions ont été réciproques.

Jeune Afrique: Pourquoi sortir aujourd'hui de ce long silence?

Charles Blé Goudé : Dans mon village, un adage dit que l'on ne parle pas dans le bruit. Vu le méli-mélo en Côte d'Ivoire, j'ai d'abord essayé de me mettre en sécu rité. C'est alors que de folles rumeurs ont commencé à courir annonçant ma mort. Elles ont été diffusées pour décourager nos militants et les dissuader de continuer à se battre. Voilà pourquoi je donne de la voix: pour montrer que je suis vivant et faire savoir ce que vivent chaque jour les Ivoiriens. Ils sont pillés, violés, pris en otages, tués ...

Revenons sur la Journée du 11 avril et la chute de Laurent Gbagbo. Où étiez vous?

Je n'étais pas dans sa résidence de Cocody. Je n'ai pas été, non plus, arrêté, puis relâché, par les FRCI [Forces répu blicaines de Côte d'Ivoire, pro-Ouattara, NDLR]. J'avais pris mes dispositions. En tant qu'ancien secrétaire général de la Fesci [Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire, NDLR], je suis habitué à la clan destinité. Vous imaginez bien que pour des raisons de sécurité je ne peux pas vous dire où je me trouve. Mais dès que les conditions seront réunies, je réapparaîtrai.

Quel a été votre sentiment en voyant les images de Laurent Gbagbo arrêté?

Cela m'a rappelé Patrice Lumumba livré aux hommes de Mobutu et de Tshombe. Laurent Gbagbo a été livré aux forces de Ouattara, et la France a prétendu qu'elle n'y était pour rien.

Je demande aux Africains de retenir cette date du 1l avril: l'Histoire s'est répétée.

Vous aviez lancé une campagne d'enrôlement au sein de l'armée. Cela n'aura pas suffi ...

Nos adversaires distribuaient des kala chnikovs à des civils, à Abobo et dans toutes leurs zones. J'ai donc demandé au chef d'état-major de l'armée de permettre aux jeunes de rentrer dans l'armée de façon régulière. Malheureusement, les événements se sont précipités et ils n'ont pas eu le temps d'être enrôlés.

Avec Laurent Gbago en prison, peut-on appeler à la réconciliation ?

Les nouvelles autorités vous accusent d'avoir distribué des armes ...
C'est faux.

En tout cas, les Jeunes patriotes ne sont pas descendus dans la rue pour défendre Gbagbo, contrairement à novembre 2004 ?

Les deux situations ne sont pas com parables. En 2004, l'armée française avait tiré sur l'aviation de Gbagbo et les rebelles étaient contenus dans le nord du pays. Cette fois, on ne savait plus qui tirait sur qui à Abidjan, où les rebelles étaient embusqués. Dans ces condi­tions, j'ai refusé d'appeler les Jeunes patriotes à descendre dans la rue pour éviter des tueries massives. Ç'aurait été du suicide.

Cette attitude ne revenait-elle pas à lâcher Gbagbo?

Je serai le dernier à lâcher Gbagbo.

Avez-vous eu des contacts avec lui jusqu'au 11 avril ?

Oui, mais les choses sont allées tellement vite ! Et les communications étaient devenues difficiles ...

Vous a-t-il demandé de faire descendre les Jeunes patriotes dans la rue ?

Laurent Gbagbo a toujours tenu à la vie des Jeunes patriotes.

Reconnaître le verdict des urnes aurait évité toutes ces violences ...

Ce débat est derrière nous par la volonté de la France.

Mais, selon vous, qui est le président élu?

Ce n'est pas à moi de désigner le président élu.

Reconnaissez-vous les résultats de l'élection présidentielle?

Les armes ont parlé. La France a fait décoller ses hélicoptères et a déployé ses blindés. Elle a détruit le palais présidentiel et livré Laurent Gbagbo aux forces de M. Ouattara, investi président. A présent, la seule question valable est: « comment fait-on pour rebondir ? »

Souhaitez-vous participer à la réconciliation entre les Ivoiriens?

L'avenir d'un pays doit dépasser les considérations personnelles. En 2006, je me suis rapproché de la jeunesse de l'op position. En 2007, au moment des accords de Ouagadougou, j'ai initié la Caravane de la paix et j'ai parcouru tout le pays ... Je ne peux avoir fait tout cela et me renier parce que Laurent Gbagbo n'est plus au pouvoir. En clair, je suis prêt à jouer ma partition. Les Ivoiriens doivent se parler, et les acteurs politiques - au pouvoir ou dans l'opposition - doivent reconnaître leur part de responsabilité.

Pouvez-vous jouer cette partition alors que vous êtes sous sanctions de l'ONU et éventuellement sous la menace de poursuites de la Cour pénale Interna tionale (CPI) ?

Premièrement, je ne suis pas sous la menace de la Cour pénale internationale. Quant à la liste des Nations unies, je l'ai toujours dénoncée. Si quelqu'un doit être récompensé et félicité pour ses activités en faveur de la paix, c'est Blé Goudé Charles. Il faut le reconnaître humblement. J'ai permis à la Côte d'Ivoire d'éviter la catastrophe à plusieurs reprises.

Malheureusement, ce n'est pas reconnu.

Êtes-vous prêt à rentrer au pays?

Qui ne souhaite pas rentrer dans son pays ...

Exigez-vous la libération du couple Gbagbo?

Bien entendu. Leur place n'est pas en prison, il faut qu'ils puissent participer à la vie politique.

Avec Laurent Gbagbo en prison et ses compagnons traqués, peut-on appeler à la réconciliation ? Peut-on également parler de justice sans police, sans gendarmerie, sans prisons ? La Côte d'Ivoire a seulement deux prisons actuellement: le Golf Hôtel et l'hôtel de la Pergola.

Vous estimez avoir un destin présidentiel et avez donné rendez-vous à Guillaume Soro pour l’élection présidentielle de 2015 (voir J.A. n° 2616). En attendant, où vous situez-vous sur l'échiquier politique?

Je veux mener ma vie d'opposant, mais en dehors du FPI (Front populaire ivoirien, le parti de Gbagbo, NDLR). Dès que les conditions sécuritaires seront là, je réunirai en congrès extraordinaire les Jeunes patriotes et tous les Ivoiriens avec qui l'on peut travailler.

En vous considérant comme un opposant, vous reconnaissez la victoire de Ouattara et vous tournez la page Gbagbo ...

[Rires.] Gbagbo est en prison et doit être libéré. C'est important.

Dans votre lettre rendue publique le 31 mai, vous parlez de bourreaux et de tortionnaires à propos des forces pro -Ouattara. Pas un mot sur les crimes du camp Gbagbo ...

Chacun doit reconnaître sa part de responsabilité dans ce qui s'est passé.

Regrettez-vous certains de vos propos ultranationalistes ?

Quand le général de Gaulle a appelé depuis Londres les Français à libérer la France, était-il un leader ultranationaliste ?

Vous n'avez jamais appelé à la violence ?

J'ai appelé à la résistance aux mains nues lors de mes meetings. C'est cela que vous appelez de la violence! Quand certains utilisent des kalachnikovs, vous ne parlez pas de violence ... Les Jeunes patriotes ont organisé des sit-in comme les jeunes espagnols en ce moment à Madrid. Mais puisqu'ils sont Africains, on considère qu'ils sont violents. C'est du racisme.

Que pensez-vous des premiers actes du président Ouattara?

Il est trop tôt pour juger un gouvernement après quelques semaines d'exercice. Mais je l'appelle à régler la question sécuritaire et celle des libertés : que les partis politiques puissent reprendre leurs activités et que les Ivoiriens puissent se rassembler. Les survivants de cette guerre ont un devoir, faire la réconciliation. Pour cela, il faut calmer les extrémistes des deux camps.

Dans votre lettre, vous parlez également de « postophilie » pour dénoncer ceux qui courent après les postes. A qui pensez-vous ?

Il y a une expression en Côte d'Ivoire qui dit: « On sèche ses habits là où le soleil brille. » Il y a des caméléons politiques dans notre pays. Ils sont toujours prêts à servir les nouveaux présidents. Il faut arrêter la politique du ventre.

Pensez-vous à Guillaume Soro?

Non, pas du tout. Je ne veux pas parler du Premier ministre. Nous avons eu des relations privilégiées à la Fesci. Je n'ai pas de rancune.

Est-ce toujours votre frère?

Joker.

En cas de retour au pays, envisagez-vous d'être candidat aux élections législatives?

Mes ambitions politiques demeurent intactes et sont plus que jamais justifiées.

Si Chartes Konan Banny vous appelle à témoigner devant la Commission Vérité, Dialogue et Réconciliation, irez-vous?

Je suis prêt à aller partout où l'on parlera de réconciliation.

Êtes-vous prêt à discuter avec les nouvelles autorités?

Bien sûr. Je suis prêt à les aider et à remettre sur pied une caravane de la paix.

En attendant, une cavale, c'est long et difficile. Combien de temps pouvez-vous tenir?

Je ne suis pas dans la clandestinité pour la première fois. Je suis né au campement. J'ai l'habitude de manger les fruits de la forêt. Je peux tenir comme cela des années. En revanche, je suis inquiet pour ma famille et mes proches. Mon village a été incendié.

On vous dit très riche, cela peut aider lorsqu'on est dans la clandestinité ...

Je ne suis pas riche. On m'a collé cette étiquette. Je suis riche de mes idées, de mes relations et de ma valeur morale.

Avez-vous peur?

Non, pas pour moi, mais pour la Côte d'Ivoire.

Priez-vous souvent?

Je crois fermement en l'éternel des armées et au Dieu de justice. Je prie quotidiennement au lever et avant de me coucher

Source : Jeune Afrique

samedi 4 juin 2011

Politique: Libération de Gbagbo, Gouvernement, sécurité, exactions, retour des exilés…Mamadou Koulibaly sans détour

Mamadou Koulibaly, Président par intérim du Fpi
 La semaine qui s’achève a connu la formation du deuxième gouvernement de Ouattara. Fait majeur, le FPI, la principale formation politique aujourd’hui dans l’opposition, n’en fait pas partie. Par ailleurs,
les exactions et autres tueries des militants et sympathisants du FPI continuent dans les villes et villages du pays au moment même où des voix s’élèvent ici et là pour demander la libération de Laurent Gbagbo et ses amis et le retour au pays des exilés. De tout cela, Mamadou Koulibaly parle sans détour dans cette interview avec la passion et la détermination qu’on lui connait.
Notre Voie : Vous avez décidé de ne pas entrer dans le gouvernement Soro II. Vous estimez que cela vous gênerait dans la politique nouvelle du FPI que vous voulez mettre en place. Est-ce que cela a été bien compris par ceux de vos camarades qui prônaient «l’entrisme»?
Koulibaly Mamadou : Le FPI a décidé de ne pas entrer dans le nouveau gouvernement pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le partage du pouvoir n’est pas une bonne chose. Dès 2000, alors que l’équipe de Laurent Gbagbo avait fait ce choix, on a vu qu’il ne pouvait conduire qu’à l’inertie et à l’échec. De plus, nous considérons que les conditions sécuritaires ne sont pas encore bonnes pour nous permettre cette entrée au gouvernement. Cette participation n’est pas à nos yeux un gage de réconciliation. Le processus de réconciliation est bien plus profond qu’une apparente quiétude simulée dans un partage du gâteau. Nous sommes dans une totale logique de réconciliation mais nous souhaitons y travailler autrement. Cela dit, nous n’avons empêché aucun membre du FPI d’entrer au gouvernement. Seulement ceux qui le font doivent le faire en leur nom et non au nom du parti. Nous ne freinons personne mais nous souhaitons garder notre ligne de conduite. Nous sommes des opposants et nous avons à nous restructurer avant tout, après ce qui nous est arrivé.

N.V. : Que comptez-vous faire pour convaincre ceux qui ne partagent pas votre ligne et éviter ainsi un éclatement de votre parti ?
K.M. : Ils sont libres mais doivent le faire sans engager le parti. Il faut une certaine discipline dans un parti. C’est essentiel si nous voulons avoir une démarche construite et efficace.

N.V. : En choisissant de rester dans l’opposition, vous faites le choix de passer brusquement du stade de parti au pouvoir au parti d’opposition. Ne s’agit-il pas là d’un grand risque ? Le FPI a-t-il les moyens psychologiques, mentaux et financiers pour assumer pleinement un tel choix ?
K.M. : Dans une démocratie, les contre-pouvoirs sont aussi importants que le choix populaire à travers les urnes. Le risque pour un pays réside plus dans des gouvernements d’union qui ne mènent en principe nulle part. L’opposition ne doit pas être considérée comme un groupe de perdants qui attendent amèrement leur tour. L’opposition doit être dynamique et doit veiller à l’action du gouvernement en place pour prévenir des abus, des dangers et erreurs éventuels. Actuellement, les partis politiques bénéficient de financements publics. Nous ferons fonctionner le parti de cette façon si, bien entendu, le pouvoir en place décidait de nous appliquer la loi comme elle lui a été appliquée quand il était à l’époque dans l’opposition. Nous le souhaitons en tout cas pour le bien de la démocratie.

Notre Voie : Vos militants sont actuellement pourchassés, humiliés, maltraités et tués dans beaucoup de cas. Que faites-vous pour les aider ?
K.M. : Nous tentons de faire pression sur les autorités et sur l’ONUCI pour que la situation se rétablisse au plus vite. Nous avons été souvent entendus. De nombreuses personnes ont déjà été libérées. Il faut en remercier les autorités. Nous pouvons déjà noter une amélioration des conditions sécuritaires mais ce n’est pas encore suffisant. Pour aider nos militants, nous tentons de les rassurer et de les inciter à sortir. Les dernières réunions du FPI ont permis de briser un peu le cercle de la frayeur mais il reste du travail, d’autant que leurs craintes sont justifiées.

N.V. : Ils se réfugient dans les brousses, chez des amis ou à l’extérieur, notamment au Ghana et au Libéria. Avez-vous un plan pour leur retour au pays ?
K.M. : Nous n’avons pas de plan particulier sauf à continuer à faire pression sur les autorités pour que l’environnement sécuritaire s’améliore. L’insécurité ne dépend plus de nous. Maintenant que le nouveau gouvernement est formé et que chacun connait sa mission, nous espérons un retour à l’Etat de droit qui permette aux citoyens de vivre et circuler normalement quelle que soient leur appartenance politique, leur ethnie et leur religion.

N.V. : Certains de vos camarades vous reprochent d’avoir un discours très dur à l’endroit de votre parti. Ils ont le sentiment que vous avez oublié les propos que vous teniez au début de la rébellion en 2002 et qui accusaient la France de faire la guerre à la Côte d’Ivoire. Qu’avez-vous à leur dire ?
K.M. : Ce n’est pas parce que l’on appartient à un parti que l’on ne peut pas être critique sur ses actions. Dans mes discours, j’assume toujours la part de responsabilité de notre groupe. Certains n’aiment pas la notion de responsabilité alors ils me disent dur. C’est pourtant en étant responsable que l’on peut faire son autocritique et avancer plus efficacement. Je regrette qu’à un certain moment, nous nous soyons laissés portés par le vent de l’ivoirité, du tribalisme et de bien d’autres maux encore. Vous avez écouté Me Vergès quand il est passé ici avec Roland Dumas expliquer à la télévision ce que nous avions offert à la France ces dernières années. Pensez-vous que nous étions, au moment des élections, dans une logique de la guerre de la France contre la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo ? Il m’a semblé que nous avions dépassé cette contradiction.

N.V. : Oui mais pour eux, rien n’a changé entre temps sauf que, comme en novembre 2004, la France a décidé d’y aller à visage découvert. Vous semblez oublier ça dans vos propos.
K.M. : Il y a deux façons d’aborder un problème difficile : certaines personnes analysent une situation dans sa globalité et créent même des problèmes plus complexes à résoudre en additionnant et multipliant les griefs préexistants et d'autres externalités, ce qui rend la solution difficilement accessible et surtout démotivante ; d’autres brisent les questions en morceaux pour les résoudre par étape pour ensuite regrouper les petites solutions de chacun des morceaux dans une solution globale plus large. Je pense que la deuxième école de pensée est meilleure. Nous devons nous atteler à gérer les urgences pour être efficaces. Si nous voulons tout gérer d’un coup, nous allons droit dans le mur.

N.V. : Ils vous reprochent aussi de penser ou de croire que c’est dans les urnes que votre candidat a perdu.
K.M. : Je crois que c’est un débat qui est devenu stérile. Nous ne pouvons pas passer les cinq prochaines années à pleurer et à nous morfondre. Quel que soit notre ressenti, nous devons avancer dans le nouvel environnement politique. Nous engager dans un nouveau contrat avec les Ivoiriens en oubliant les vieux démons. Notre rôle est de trouver la voie pour soutenir la démocratie et veiller à l’édification d’un Etat de droit et d’une Nation fraternelle. Nous devons faire des propositions et veiller à ce que la situation que vient de vivre la Côte d’Ivoire ne se renouvelle plus jamais.

N.V. : A propos de la libération du président Laurent Gbagbo, vous avez confié à un confrère que ce n’était pas votre priorité. Cela a fâché nombre de vos camarades. Le savez-vous ?
K.M. : Il faut relire mon interview et reformuler la question. Depuis la signature des accords de Marcoussis, tout s’est enchainé pour que nous en arrivions à la situation finale. Le manque de vision politique a conduit au chaos. La situation de Laurent Gbagbo, même si elle n’est pas une priorité, reste un sujet de préoccupation. En effet, nous ne souhaitons pas qu’il soit le bouc émissaire d’une situation où les responsabilités sont partagées. Son cas est entre les mains de la justice qui doit maintenant faire son travail. Sachant que même si nous nous essayons à nous morfondre jusqu’à la décision de justice, ça ne changerait rien, bien que nous ne soyons pas indifférent au cas de Laurent Gbagbo, il nous faut continuer le combat. Lui-même avait dit que s’il tombait un jour, il faudrait l’enjamber pour continuer le combat. Enjamber ne veut pas dire oublier et les militants devraient le savoir.

N.V. : Avec autant de reproches, pensez-vous qu’ils vous suivront dans vos appels à la mobilisation?
K.M. : Pour l’instant, malgré les peurs et l’insécurité, la mobilisation est forte. Bien que je préside le parti par intérim, je ne compte pas le gérer comme une PME familiale ou un club de soutien. Le FPI n’est pas Koulibaly. Les partisans ne se mobilisent pas pour moi mais pour le parti, pour nos idées, pour notre combat, pour nos valeurs et pour les priorités que nous avons à gérer notamment pour la préparation des élections législatives.

N.V. : Si vous n’êtes pas suivi, comment allez-vous réussir le pari de la mobilisation pour préparer sereinement les prochaines échéances électorales ?
K.M. : Les prochaines échéances électorales sont bien compromises. Le pari de la mobilisation ne repose pas que sur moi mais sur la volonté et la responsabilité de chaque militant. C’est l’engagement personnel qui conduit un individu à prendre part au débat politique. Je pense que les derniers évènements du pays ont conduit les partisans à comprendre l’importance de la politique et de ses dangers. Ils ont compris l’importance de la vision politique. L’une des voies pour affirmer ses idées et les défendre est l’appartenance à un parti politique. Et je pense que «Notre Voie» devrait aussi se mettre dans la logique de cette nouvelle approche du FPI et de l’opposition. Dans les jours qui viennent nous vous ferons des propositions.

N.V. : Par la même occasion, les fâcheuses habitudes dont vous voulez-vous débarrasser risquent d’avoir la peau dure ?
K.M. : Je crois en l’homme et je crois au changement dans des circonstances nouvelles. Le traumatisme des violences entourant le dernier scrutin sera à mon avis formateur. Nous ferons un bilan de nos actions, de nos réussites et de nos échecs. Nous sommes certes en train de nous relever mais la chute a été telle qu’elle ne peut qu’ouvrir une nouvelle ère dans la gestion et la stratégie du parti.

N.V. : Avant d’écrire à Soro pour lui faire savoir votre refus d’entrer au gouvernement, est-ce qu’il y a eu des discussions ?
K.M. :J’avais réuni le FPI et le CNRD et le choix est le fruit d’une décision collective conformément au mandat qui m’a été donné.

N.V. : Combien de portefeuilles ministériels vous proposait-on ?
K.M. : Deux portefeuilles ministériels nous ont été proposés. Nous devions proposer six noms parmi lesquels le président de la République aurait fait le choix.

N.V. : Quel est le prochain agenda du président du FPI par intérim ?
K.M. : Nous travaillons avec les militants sur différents sujets, entre autres : la préparation des élections législatives, la sécurité, la composition de la CEI, le découpage électoral, l’avenir de l’accord de Ouagadougou. Dans les jours et semaines à venir nous allons aborder ces sujets avec les autorités pour faire en sorte que les règles du jeu des prochains scrutins soient admises par tous. Nous avons vu lors de l’élection de novembre dernier que lorsque l’on néglige les dossiers qui fâchent avant le scrutin, on se retrouve dans un blocage meurtrier. L’expérience doit être constructive.

Source:Notre voie

samedi 28 mai 2011

Grande interview de Mamadou Koulibaly à Frat Mat " L’équipe du Président Ouattara devrait gouverner seule..."

Fraternité Matin vient de lancer, dans le cadre de ses Grands débats mensuels, celui portant sur le sujet suivant: quel régime politique pour la Côte d’Ivoire? Les avis sont partagés, nous voulons bien savoir votre position sur cette question.
Dans une période post-crise immédiate, ce n’est pas le moment de changer un régime politique. Cependant, l’histoire de la Côte d’Ivoire nous montre que depuis les indépendances, la Côte d’Ivoire souffre d’un Etat centralisé, omniprésent et osons le dire envahissant, hérité du modèle jacobin importé par la France. En tant que libéral, je prône un Etat minimum, c’est-à-dire un Etat qui assume ses responsabilités au niveau de la sécurité, de la justice mais qui laisse la liberté à ses populations de faire le reste. Bien sûr? l’Etat a le devoir de mettre en place l’environnement institutionnel qui permette à chacun de travailler et d’être propriétaire. Cette vision m’amène à prôner le régime parlementaire en Afrique car c’est dans ladécentralisation du pouvoir que les pays africains trouveront la stabilité. Audace Institut Afrique (AIA), le think tank indépendant que je préside, travaille sur le sujet et publiera en octobre des propositions. J’ai le sentiment que rapidement, la Côte d’Ivoire aurait intérêt à s’orienter vers un régime parlementaire, d’autant qu’elle l’a déjà connu à travers la constitution de 1959.
Les pouvoirs en Afrique, sont tous, ou presque, d’essence présidentialistes, des sortes de monarchies déguisées ou des dictatures en exercice. Et les exemples montrent bien que les pays de type parlementaire, comme le Cap-Vert, ont des réussites de développement que des pays mieux lotis comme la Côte d’Ivoire envieraient. Quelle lecture faites-vous d’un tel constat?
Des chercheurs au sein d’AIA travaillent là-dessus et les premières tendances qui se dégagent de leurs travaux semblent mettre en évidence que dans les régimes parlementaires, certes peu nombreux sur le continent, la liberté économique y est plus importante et les conflits moins fréquents. Bien sûr, je ne souhaite pas tirer de conclusion hâtive mais en octobre, nous aurons avancé le travail et nous pourrons ainsi engager une discussion constructive sur les résultats.
Doit-on voir, dans nos crises à répétition, la matérialisation de cette conception du pouvoir où le Président est tout à la fois?
Il est évident qu’un Etat qui repose sur un homme ou une poignée d’hommes est un Etat fragile. Cependant, des pays comme la France ont opté pour un régime présidentiel qui, sous Sarkozy, est encore plus marqué. Il y a un président omniprésent et pourtant la France ne connaît pas les crises de l’Afrique, parce que le pouvoir là-bas est décentralisé et que les villes, les départements, les régions, ont des pouvoirs et des moyens financiers pour les exercer. Il y a certes le problème de la concentration du pouvoir, mais en Afrique, nous nous heurtons également à la mauvaise gouvernance qu’induit facilement ce modèle. Comme nous ne sommes pas responsables, il faut donc créer des limites pour protéger les populations des excès des pouvoirs en place. Le régime présidentiel complique la chose.
La crise post-électorale qui a fait des morts et d’énormes dégâts a pris fin par l’arrestation du Président Laurent Gbagbo. Regrettez-vous aujourd’hui le fait qu’il n’ait pas cédé pacifiquement le pouvoir à Alassane Ouattara reconnu par la communauté internationale?
J’ai prôné dès le début du mois de décembre 2010 une sortie de crise par le dialogue. Les deux camps adverses que j’ai rencontrés et tenté de convaincre sont restés totalement hermétiques à mes propositions. La situation était figée. Aujourd’hui, bien sûr, lorsque nous comptons les morts et les dégâts, nous ne pouvons que le regretter.
L’on semble vous reprocher votre silence face à cette crise qui aura fait, dit-on, 3000 morts?
Je n’ai pas l’impression d’être resté silencieux. J’ai tenté une médiation qui n’a pas abouti. J’en ai pris acte. La situation reposait ensuite sur des éléments que je ne maîtrisais plus, sur la volonté des hommes politiques. Le silence ne veut pas dire indifférence. Je suis au contraire profondément attristé par tous ces morts et ces souffrances. Je suis d’autant plus touché que cette situation était prévisible et que j’avais d’ailleurs mis en garde contre ces dérives possibles durant la dernière décennie dans différents discours publics et privés. A l’époque, on me reprochait de trop parler! Depuis la signature de l’accord de Marcoussis, tout s’est enchaîné logiquement pour conduire au chaos, mais le dire était devenu politiquement incorrect dans tous les camps.
Il y a même plus: que vous auriez dû démissionner de votre poste de président de l’Assemblée nationale, au lieu de vous installer dans un mutisme?
Les gens dont vous parlez sont alors ceux qui reconnaissent l’institution ! Ces derniers temps, nombre de communications officielles vont à l’inverse ! Si ma démission pouvait débloquer la crise, il est évident que je me serais empressé de le faire. Je crois que certaines personnes mélangent tous les problèmes et les rendent encore plus compliqués.
Le parlement ne fonctionne pas depuis fin avril et les députés ne seraient pas payés depuis deux mois. Quel est votre rôle?
Effectivement, les députés ne sont plus payés depuis fin avril. Le Président Ouattara a pris cette disposition considérant que, depuis le second tour du scrutin, les députés exerçaient dans l’illégalité. Décision étrange sachant que la constitution ivoirienne établit une séparation entre les pouvoirs exécutif et législatif. Dans cette logique, il est étrange également que les fonctionnaires de l’Etat n’aient pas été soumis à ces sanctions. C’est tant mieux d’ailleurs. Je ne cherche pas à polémiquer sur cette histoire de salaires. Ce n’est pas un évènement central et il faut réellement se concentrer aujourd’hui sur la réconciliation et sur les mesures qu’il faudra mettre en place pour que dans l’avenir, nos institutions ne soient plus un terrain de jeu pour les influents. Les conseillers juridiques du Président de la République qui soutiennent cette violation de la constitution doivent savoir qu’ils l’induisent en erreur et au parjure. Selon l’alinéa 4de l’article 59 de la Constitution sur laquelle le serment du Chef de l’Etat a eu lieu, les élections législatives ont lieu 20 jours au moins et 50 jours au plus avant l’expiration des pouvoirs de l’Assemblée nationale. Cela voudrait dire tout simplement que l’élection des nouveaux députés doit impérativement avoir lieu avant l’expiration du mandat des députés en place. L’élection législative n’étant pas intervenue, les pouvoirs de l’Assemblée Nationale ne peuvent prendre fin. Le Chef de l’Etat n’a pas raison de suspendre le traitement des députés. Il en est de même des émoluments des membres des autres institutions de la République.
Ils sont nombreux à s’expliquer difficilement que vous soyez libre de vos mouvements, tout comme Miaka Oureto, alors que plus de 200 cadres de votre parti sont assignés en résidence surveillée ou détenus?
Je me pose parfois la question. Je n’ai pas forcément saisi la logique des arrestations. On peut dire que certaines personnes ont été impliquées plus directement dans les excès et d’autres ne se trouvaient tout simplement pas au bon endroit au bon moment. Je ne peux répondre pertinemment à votre question. Il faudrait poser la question au Ministre de l’Intérieur, au ministre de la Défense, au Président lui-même. Je ne suis pas le seul dans ce cas.
Y aurait-il un deal entre vous et le nouveau pouvoir pour faire de vous le successeur de Laurent Gbagbo sans la volonté de la base, comme il se murmure?
Est-ce à dire que vous jugez mon envergure politique tellement faible que je pourrais être un opposant idéal pour le nouveau pouvoir ? Le Fpi n’est pas à la recherche d’un successeur. Pour l’instant, notre préoccupation est plus de réintroduire la notion de parti d’opposition et de contrepouvoir. Nous souhaitons simplement retrouver un espace d’expression pour éviter que le pays ne glisse vers le parti unique et la pensée unique. Ce sera ma contribution à l’ancrage de la démocratie dans notre pays. Le Fpi n’est pas une Pme familiale ou un club de soutien et la Côte d’Ivoire n’est pas une monarchie, autant que je sache.
Votre parti et ses alliés du Cnrd dont vous assumez le secrétariat général par intérim, depuis le 17 mai, en lieu et place de Mme Simone Gbagbo, va-t-il prendre part aux législatives de décembre? Si oui, à quelles conditions et quelles sont vos chances?
Oui, le Fpi et le Cnrd prendront part aux élections législatives et nous sommes conscients des difficultés que nous allons rencontrer. Nous savons que nos chances sont minces. Mais cela ne veut pas dire que nous devons renoncer à nous renforcer en vue des prochaines échéances électorales. Notre objectif est d’être une véritable opposition d’ici à 2015. La Côte d’Ivoire a d’ailleurs intérêt à cela, car un modèle de parti unique est la voie ouverte à tous les excès.Le contre-pouvoir est le moyen de contrôle le plus efficace entre les échéances électorales dans un modèle démocratique. Notre existence est donc un enjeu important pour tous. Du moins, nous osons le croire.
Le Président du Ghana, Atta Mills, aurait oeuvré pour que le président du Conseil constitutionnel, Yao N’Dré, organise la cérémonie de prestation de serment. Y-a- t-il eu des négociations ou des pressions sur vous et Atta Mills?
Le Président Atta Mills s’est en effet impliqué en tant que médiateur ou facilitateur dans le dossier ; mais il n’est nullement question de pressions. Moi, j’ai agi parce que je voulais aller à l’apaisement et au retour des conditions de l’Etat de droit en Côte d’Ivoire, après la guerre postélectorale.
Vous parlez sans cesse de réconciliation. Cet engagement n’est-il pas contrarié par des informations selon lesquelles certains cadres de votre parti auraient à cœur de se venger de Ouattara?
Je connais peu de cadres animés d’un désir de vengeance. Il est vrai que les vainqueurs ont utilisé l’humiliation comme moyen de domination et que l’humiliation est le sentiment qui conduit naturellement à la frustration et à la violence. Les cadres avec lesquels je demeure en contact ont pourtant plus envie de revenir chez eux en Côte d’Ivoire que de vivre en exil enlisés dans le désir de vengeance. Le nombre d’Ivoiriens morts a forcément conduit chacun à l’humilité et au devoir de Plus jamais ça! Les esprits se tournent vers l’avenir et la réconciliation. J’ai foi en cet avenir qui devrait nous conduire vers une Nation.
 
Vous avez dit dans un récent entretien sur les antennes d’une radio que vos médiations au plus fort de la crise se sont heurtées au refus des faucons des deux camps. Pensez-vous pouvoir aujourd’hui faire fléchir les faucons pro-Gbagbo au point d’accepter le principe de la réconciliation nationale?

Je crois sincèrement que chacun est animé d’une volonté de réconciliation nationale. Une tâche importante est aujourd’hui entre les mains de M. Konan Banny et de l’équipe qu’il va former autour de lui, pour faire en sorte que chacun se retrouve dans la responsabilité et le pardon pour avancer vers une solide réconciliation. Cependant, dans le même temps, le Président de la République qui affiche sa volonté de réconciliation parle fréquemment de justice. Ce qui est une bonne chose. Mais de quel concept de justice s’agit-il ?
S’agit-il d’une vengeance justicière qui conduit le vainqueur d’une guerre à imposer aux vaincus et à eux seuls les punitions et autres humiliations ? S’agit-il d’une justice réconciliatrice qui implique que, soit l’on amène tout le monde en justice, soit l’on n’y amène personne ? La réconciliation ne peut être sélective comme le préconise le Président
Ouattara. Soit l’on part sur la piste d’un forum de réconciliation où chacun vient faire son mea culpa et recevoir son absolution, soit l’on traîne tout le monde en justice et chacun paie le prix à payer à la hauteur de ses crimes, sans exception. S’agit-il d’une justice sécurisante qui devrait permettre de rétablir tous les citoyens dans la puissance de tous leurs droits. Elle doit mettre un terme à la violation récurrente et systématique des droits individuels des populations? Cette dernière conception me semble mieux à même d’aider à la reconstruction politique, économique, morale et sociale de la Côte d’Ivoire.

Le Fpi que vous dirigez, aujourd’hui, en l’absence de son président, Affi N’Guessan, incarcéré, est-il prêt à entrer dans le gouvernement d’union proposé par le Président Alassane Ouattara? Si oui, quels sont les noms de vos cadres «ministrables»?
Le Comité central du Fpi élargi à la haute direction du Cnrd vient de décider que les conditions n’étaient pas remplies pour sa participation à un gouvernement d’union nationale. Les conditions de sécurité de ses membres en liberté, celles de ses membres en exil ne militent pas en faveur d’une participation au gouvernement d’union. De plus, la question du statut exact des membres incarcérés à la Pergola, à Katiola, à Odienné, à Bouna et à Korhogo ne rassure guère pour un parti invité à la table du Conseil des ministres. Les militants disent ne pas avoir peur de se trouver franchement dans l’opposition vraie. Ils disent qu’ils ne peuvent pas avoir critiqué les modèles de gouvernement Nzassa et venir maintenant en faire la promotion. De plus, ils ne veulent pas être comptables des politiques que le régime du Rhdp mettra en place. Ils ne veulent pas servir de faire valoir à un régime qui a décapité leur parti. Ils souhaitent que la démocratie s’ancre en profondeur dans notre pays et souhaite une alternance véritable sans gouvernement d’union dans les conditions actuelles. Ils m’ont donné mandat de discuter de toutes ces questions avec les autorités. Ils m’ont demandé de faire savoir que, pour eux, les urgences aujourd’hui ont trait au statut de la Commission électorale? avec la disparition de nombreuses composantes que sont le Mpci le Mpigo, le Mjp. Ils estiment que la commission électorale centrale est très déséquilibrée en leur défaveur. Ils aimeraient parler du nombre de places à l’Assemblée nationale, compte tenu de la démographie qui a évolué ces dix dernières années. Ils aimeraient comprendre le statut actuel de l’Accord de Ouaga que le Président Ouattara appelle accord inter-ivoirien, après que l’un des signataires a été capturé, déporté etincarcéré. Ils veulent comprendre la logique de la construction de la nouvelle armée. Ils ont de nombreuses autres urgences ayant trait à la liste électorale, au découpage électoral, etc. Dans ces conditions, voyezvous, le Fpi n’a pas de ministrables pour le moment. Nous avons d’abord besoin de nous restaurer, de comprendre ce qui nous est arrivé et nous aviserons, si besoin est, quand nous serons mieux adaptés à notre environnement.

L’on spécule assez sur les notions: gouvernement d’ouverture; gouvernement d’union; gouvernement de large ouverture, etc. Quelle pourrait être la bonne formule, pour vous?
Mon point de vue est que quelle que soit l’appellation que l’on souhaite donner à l’ouverture, le partage du pouvoir est une mauvaise chose. L’expérience africaine a pu le mettre en évidence de nombreuses fois. On voit également où a mené le partage du pouvoir sous Gbagbo. Comment voulez-vous gouverner dans ce contexte ? L’équipe du Président Ouattara devrait gouverner seule pour à la fois avoir une chance d’appliquer son programme mais également pour en assumer toutes les responsabilités. C’est le point de vue de Koulibaly Mamadou. Je leur suggère de ne pas s’inquiéter, nous ne souhaitons pas quémander des postes ministériels. Ils pourront travailler à leur programme que nous critiquerons ou soutiendrons en fonction des orientations.
L’opposition n’est pas un groupe de perdants qui restent assis jusqu’au prochain scrutin. Nous avons une vision moderne d’une opposition active et constructive.
Bientôt, les élections législatives. Comment évaluez-vous les chances du Fpi décapité à cette bataille électorale?
Comme je viens de vous le dire, les chances du FPI sont minimes, tant le parti est affaibli.
Aujourd’hui, quand vous regardez la Refondation, que vous dites-vous: on a échoué, on a dévié…
La Refondation est un mot très utilisé mais vide de sens puisque le programme n’a jamais été appliqué. Nous avons d’abord fait l’erreur de nous orienter vers un partage du pouvoir, pour ensuite nous retrouver face à une rébellion armée, un pays ingouvernable, puis un Premier ministre issu des Forces nouvelles, ex-rébellion, et nous étions largement minoritaires dans l’équipe gouvernementale. La Refondation restera donc un programme intéressant qui n’a jamais été appliqué.
De la réunion du Comité central du Front populaire ivoirien que vous avez présidée mercredi dernier, le Comité pose de nombreuses conditions pour entrer dans le prochain gouvernement. Parmi elles, la question de la libération de vos camarades posée comme condition sine qua none. N’est-ce pas une manière de consacrer l’impunité? Les nombreuses conditions du Fpi, ne peuvent-elles pas être vues comme une sorte de chantage?

Peut-on parler de conditions ? Nous ne posons pas de conditions réellement. Nous avons simplement fait un constat. Nous jugeons que, compte tenu de l’insécurité actuelle pour les opposants politiques en Côte d’ivoire et du fait de la détention de nos camarades, l’environnement n’est pas propice à l’entrée du FPI au gouvernement. Poser des conditions voudrait dire que nous sommes indispensables au nouveau gouvernement. Nous ne pensons pas que ce soit le cas. Nous ne pensons pas non plus que les missions qui nous ont été réservées au sein de la nouvelle équipe soient essentielles. Donc, dans ce contexte, je ne pense pas que nous puissions parler de chantage ou de condition sine qua none. Quant à la libération de mes camarades du FPI, vous savez que je n’ai jamais consacré l’impunité. Pour cette raison, certains me trouvent très dérangeant. Je ne souhaite pas non plus m’ériger en juge et déterminer les responsabilités de mes camarades. Ce qui est certain, comme je vous le disais dans votre précédente question, c’est que s’il y a jugement et qu’ils sont les seuls jugés, une part de justice sera faite et si l’on s’arrête là, ce sera une forme de justice du vainqueur animée de vengeance.
D’évidence, comme d’ailleurs semblent le prouver différents rapports, tous les camps ont commis des crimes graves. Je ne dis pas cela pour minimiser les crimes de mon camp mais pour faire une place nécessaire à l’objectivité qui semble brutalement manquer au pays. Je ne crois pas trop au clan des gentils et à celui des méchants. Ainsi, limiter la justice aux perdants de l’élection pourrait profondément saper le processus de réconciliation. Nous pensons d’ailleurs, mes camarades et moi, que la participation du FPI au gouvernement n’est pas franchement une démarche réconciliatrice ou alors ce genre de réconciliation serait une coquille vide. On peut se réconcilier sans partager le « gâteau». Nous ne courrons pas après des postes. Par contre, la manière dont la justice se prononcera dans les mois qui viennent sera au coeur de la dynamique de réconciliation. La justice sélective est profondément injuste et ne peut conduire au pardon et à la réconciliation.

Aujourd’hui, avec du recul, qu’est-ce qui a bien pu expliquer le refus du camarade Gbagbo d’accepter le verdict des urnes? L’en aviez-vous dissuadé?. Auquel cas, de quoi aviez vous eu peur?
- Que votre discours d’homme libre soit mal vu par les autres camarades?
- D’être... tué dans le pire des cas?

Je ne peux me prononcer à la place de Laurent Gbagbo. Il est déjà emprisonné. Je ne vais pas m’octroyer sa liberté d’expression ! Quant à nos conversations privées avant sa chute, elles demeurent de l’ordre du privé. D’évidence, mon parcours politique répond à votre question: est-ce que j’ai peur? Quant à mon statut de libéral, je l’assume et le FPI est un parti ouvert au sens où notre indépendance de penser est respectée. C’est dans la diversité et l’échange que l’on grandit, même si la différence peut parfois réveiller des susceptibilités. Malheureusement, les gouvernements d’union, la rébellion et les différents accords de paix qui l’ont accompagnée, ont brisé la machine et les pensées sont restées sur papier, car nous étions minoritaires au sein des gouvernements. Je reste un libéral avant tout, car je suis persuadé que seule une politique libérale peut apporter le progrès au pays.

Aujourd’hui, vous tentez de redonner vie au Fpi, revenu au pays. Est-ce la fin de votre exil? D’ailleurs, l’on se demande encore, pour quoi cet exil au Ghana?
Je ne me considère pas comme un exilé. Je fais certes des séjours en famille à Accra… Ici, le gouvernement de réconciliation avait totalement marginalisé l’Assemblée nationale et le pays était géré par ordonnances. Cette situation m’a laissé du temps pour faire des allers et retours sur Accra. Parler d’exil est un bien grand mot!
Volet économique. Où en êtes-vous avec votre monnaie flottante?
Effectivement, je pense qu’après plus de 50 ans d’indépendance, il serait nécessaire de revoir les accords monétaires liant les pays de la zone franc à la France, de manière à rendre l’institution monétaire adaptée à la mondialisation et à l’ouverture.
La monnaie est un pilier de l’économie et il est difficile de progresser sans liberté à ce niveau. De plus, l’inflation qui se profile pour les années à venir dans les pays européens expose les pays de la zone à ce risque, alors que l’argument des défenseurs du Cfa est bien souvent la stabilité et la faible inflation. Je crois que dans les années à venir, les pays de la zone franc vont devoir s’asseoir pour aborder sans tabou ces problèmes avec les autorités françaises.
Sinon, nous continuerons à avoir une bancarisation faible et des investissements privés faibles comparés aux flux de l’aide publique au développement. Le monde est aujourd’hui à la flexibilité, au libre marché et à l’ouverture. Le système du franc CFA est protectionniste, appauvrissant et moralement et économiquement indéfendable.

Considérez-vous encore que l’Afrique et ses Cfa arrimés à l’euro devait s’en éloigner, pour trouver la voie d’une indépendance économique?
Je reste convaincu de la nécessité de revoir la parité entre le franc Cfa et l’euro. Mais je vous invite à poser la question aux industriels des pays africains membres de la zone franc.
(Ndlr: le titre est de la rédaction)