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dimanche 5 juin 2011

Burkina Faso. Ambiance de fin de règne au pays des hommes intègres

Blaise Compaoré a de gros soucis

Le changement de gouvernement ne semble pas avoir apaisé le climat au Burkina Faso. Sur fond de contestation 
du régime, le pays reste en proie à des mutineries dans l’armée, à des mouvements sociaux et à des révoltes étudiantes.

Pas de retour à l’ordre dans les casernes burkinabées. Dimanche soir, des soldats tirant en l’air sont de nouveau descendus dans les rues de Tenkodogo (centre est), Kaya (centre nord) et Dori (à 265 km au nord de Ouagadougou), pour réclamer le versement d’indemnités. Trois personnes ont été touchées par des balles perdues à Dori, où la résidence du gouverneur aurait été pillée, selon un habitant cité par l’agence Reuters.
Depuis le mois de février, des mouvements de colère des militaires, parfois accompagnés de violences et de pillages, secouent le pays. Jusqu’à faire vaciller le régime lorsque, le 14 avril, les jeunes recrues de la garde présidentielle se sont mutinées à leur tour, contraignant Blaise Compaoré à fuir le palais présidentiel pour trouver refuge, durant quelques heures, dans son village natal de Ziniaré. Ces mutineries ont emporté le gouvernement de Tertius Zongo.
Climat délétère dans  les casernes
Son successeur, Luc Adolphe Tiao, ancien ambassadeur du Burkina Faso en France, a bien tenté de remettre de l’ordre dans la chaîne de commandement de l’armée. Sans parvenir à dissiper le climat délétère qui règne dans les casernes. « En apparence, ces mouvements de protestations des militaires semblent dépolitisés et anarchiques. Mais les soldats ont des revendications, décrypte Bruno Jaffré, biographe de Thomas Sankara. Ils reprochent par exemple à leur hiérarchie le détournement des primes des militaires ayant participé à des opérations de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU. » Mais la colère des sans-grade de l’armée n’est pas la seule source d’inquiétude pour le régime de Ouagadougou, confronté depuis le début de l’année à une révolte étudiante et à des mouvements sociaux dans tous les secteurs. Vie chère, chômage de masse, explosion des inégalités, spectacle de la corruption attisent la colère, dans un pays placé au 161e rang mondial (sur 169) pour l’indice de développement humain. Et le contrecoup économique de la crise ivoirienne n’a rien arrangé.
 Un profond malaise démocratique
Le 23 mai dernier, plusieurs milliers d’étudiants défilaient dans les rues de Ouagadougou, au coude à coude avec les enseignants en grève pour des hausses de salaires. Le lendemain, plusieurs manifestants étaient blessés lors de violents heurts avec la police à Ouahigouya (180 km au nord de Ouagadougou), tandis que des élèves incendiaient le siège du parti présidentiel et la résidence de Blaise Compaoré à Gaoua (à 395 km à l’ouest de la capitale). Si la contestation prend un tour si violent, c’est qu’un profond malaise démocratique mine le pays. « Blaise Compaoré se comporte comme un grand timonier. Depuis un quart de siècle, les mêmes sont aux commandes. La jeunesse ne se sent pas représentée, elle est frustrée, exaspérée », résume Smockey, un rappeur apprécié de la jeunesse burkinabée. Avant de prédire : « Ce régime est à bout de souffle. C’est la fin. Malgré le changement de gouvernement, on sent une ambiance de fin de règne. » Malgré les promesses de « réformes » politiques, en effet, tous les ingrédients d’une crise de régime demeurent.
Le CDP accuse l’opposition de visées « putschistes »
Début mai, en réaction à un meeting lors duquel trente-quatre partis d’opposition ont demandé le départ de Blaise Compaoré, son parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), a accusé l’opposition de visées « putschistes ». Le président du CDP, Roch Marc Christian Kaboré, président de l’Assemblée nationale, appellait alors « tous les militantes et militants de la cause démocratique » à « faire échec à de telles conceptions qui font le lit de la régression démocratique ». Visé par la vague de contestation qui secoue le pays depuis fin février, le CDP dispose de 74 sièges sur 111 à l’Assemblée nationale. Il dirige plus de 80 % des 351 communes et contrôle la totalité des treize conseils régionaux du pays. « Le pouvoir est usé, les fondamentaux de la démocratie se sont effondrés, sans parler de la deliquessence de l’État, qui n’a plus d’autorité », analyse Me Benewende Sankara. Pour cette figure de l’opposition, « la transition et l’alternance démocratique sont des impératifs ».
Source l'humanité.fr

Burkina Faso: Sept morts dans des combats à Bobo Dioulasso

Blaise Compaoré maîtrise -t-il ses troupes?

Des combats entre militaires fidèles au président Blaise Compaoré et soldats mutins ont fait sept morts, dont une jeune fille atteinte par une balle perdue, à Bobo Dioulasso, capitale économique du Burkina Faso, ont annoncé samedi les autorités.


Les forces gouvernementales avaient reçu vendredi l'ordre de donner l'assaut au camp Ouezzin Coulibaly, tenu par les soldats rebelles.


Jérôme Bougouma, ministre de la Sécurité et de l'Administration territoriale, a précisé que six soldats avaient été tués à l'intérieur du camp. Une jeune fille a également succombé, atteinte par une balle à l'extérieur du complexe militaire.


Les combats ont aussi fait 25 blessés dans la population civile et huit parmi les militaires, a-t-il ajouté.


Cinquante-sept soldats rebelles ont été arrêtés.


Cette semaine, les soldats du camp Ouezzin Coulibaly, qui réclamaient au gouvernement le paiement d'arriérés de solde, avaient laissé éclater leur colère, tirant en l'air et pillant des commerces.


Ces incidents avaient provoqué la fureur des commerçants de la ville, à 350 km au sud-ouest de la capitale administrative Ouagadougou, et des affrontements avaient fait une quinzaine de blessés.


Ces derniers mois, le président Compaoré a dâ faire face à une série de
manifestations de militaires, d'étudiants et d'autres groupes réclamant le versement de salaires ou protestant contre leurs conditions de vie.
Reuters

jeudi 2 juin 2011

Mutineries au Burkina Faso : la mairie de Bobo Dioulasso incendiée

La marie de Bobo avant les flammes
La deuxième ville du Burkina Faso, Bobo Dioulasso, n’a pas échappé à la vague de mutineries qui s’est abattue sur le pays depuis plus de deux mois. Pour protester contre les violences et les pillages, des commerçants ont incendié la mairie.
Jeudi 2 juin au matin. Sur l'avenue de la République, à Bobo Dioulasso, le supermarché Marina Market est dévasté. Ses portes sont défoncées. Le sol est jonché de produits piétinés. Non loin de là, la Société burkinabè d'équipements a elle aussi été vandalisée. Son stock de climatiseurs, de gazinières, de motocyclettes a disparu. « C’est incroyable. Vraiment incroyable ! » s’exclame un vendeur de téléphones portables, encore sous le choc. Sa boutique a été entièrement vidée et mise à sac.
Jamais Bobo Dioulasso, la deuxième ville du Burkina Faso, n’avait été le théâtre de tels événements. Qui découlent de la mutinerie du camp Daniel Ouezzin Coulibaly de Bobo, où sont formés une partie des soldats de l'armée burkinabè.
Manifestations de commerçants
Les premiers tirs ont retenti dans la soirée du 31 mai et se sont prolongés une bonne partie de la journée. Quant aux pillages, ils ont duré toute la nuit et se sont reproduits dans la nuit du 1er au 2 juin. « Même la réserve du camp n'y a pas échappé, raconte Jonas Kaboré, un journaliste local. Ils ont vendu toutes les denrées alimentaires au voisinage. Un vrai marché de nuit ! »
De leur côté, les commerçants excédés ont manifesté devant le camp militaire, avant d'en faire de même devant la mairie centrale qu'ils ont incendiée, bravant les forces de police. Les plus téméraires ont sorti leurs vieux fusils de chasse et ont décidé de passer la nuit dehors pour protéger leurs biens.
Primes de formation
L'indignation est d'autant plus grande que les militaires de Bobo Dioulasso ont rencontré, le 26 mai, le nouveau chef d’état-major des armées, Honoré Nabéré Traoré. En poste depuis le 15 avril, celui-ci a été nommé après la mutinerie de la garde présidentielle, à Ouagadougou.
Selon les premières informations, les mutins réclameraient des primes de formation, à l'instar de leurs collègues du camp militaire de Pô. « Ce n'est pas la bonne manière de revendiquer, s’indigne Alain Édouard Traoré, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement. Être dans la surenchère, s’attaquer aux biens d'autrui...il faut que ça s’arrête. »
« Pourquoi s'arrêter quand il suffit de tirer en l'air pour avoir gain de cause ? » ironise un syndicaliste qui requiert l'anonymat. « Blaise Compaoré est militaire et ses frères d'armes se sentent tout-puissants. Pour les arrêter, il faudra faire preuve de vigueur. » Vigueur que, selon un habitué du palais présidentiel, Blaise Compaoré préfèrerait éviter. Tant il est vrai qu'il serait risqué d'encourager l'armée à se rapprocher de la population, laquelle exprime régulièrement son mécontentement contre la vie chère et la mauvaise gouvernance. Aujourd'hui cependant, il n’est pas sûr que l'emploi de la force soit totalement écarté. « Quand vous êtes au pied du mur, il faut envisager toutes les options », menace Alain Édouard Traoré. 
Source :Jeuneafrique.com :

Burkina Faso : Blaise Compaoré face à la reprise des mutineries

Blaise Compaoré

Loin de se calmer, les mutineries de militaires ont repris au Burkina Faso, malgré l’engagement personnel du président Blaise Compaoré et les concessions financières du pouvoir.

Dans la nuit de mardi à mercredi, la dernière garnison de militaires à ne pas avoir été touchée par les révoltes, celle du camp Ouezzin Coulibaly à Bobo Dioulasso, est entré dans la dance. Comme lors des précédentes mutineries, les soldats sont sortis de leur caserne en semant la peur dans la ville, tirant en l’air et pillant plusieurs commerces. Neuf personnes ont été blessées, dont certaines par balles, selon des sources médicales.
Au cours des dix derniers jours, sept villes dont la capitale Ouagadougou ont été le théâtre de nouveaux mouvements d’humeur de militaires.
Le pouvoir burkinabè pensait pourtant avoir repris la main. Le président Blaise Compaoré, lui-même ancien militaire, s’était impliqué personnellement en prenant le ministère de la Défense d’un gouvernement remanié. Il avait accepté les exigences financières des militaires, avec le paiement de primes spécifiques et d’arriérés.
Prise d’otage
Blaise Compaoré avait aussi remanié le plus haut commandement de l’armée, nommant chef d’état-major son ancien aide de camp, le général Honoré Nabéré Traoré.
« On a l’impression que les militaires se sont dit: « l’Etat est affaibli, on peut avoir tout ce qu’on veut avec nos armes » », s’insurge un membre du gouvernement, dénonçant la « prise d’otage » du pays par les militaires.
Le quotidien d’Etat Sidwaya, qui n’a pas rendu compte des dernières mutineries, publie quant à lui depuis mardi des tribunes de citoyens appelant l’Etat « à prendre ses responsabilités » face au « spectacle » d’une « armée qui se désagrège » et « d’un commandement qui lui-même se désintègre ».
Mal-gouvernance et vie chère
Certains officiers estiment cependant que les protestataires ne s’en prennent pas aux « fondements » de l’Etat mais veulent faire réparer des « injustices ».
Pour l’universitaire Fernand Sanou, la situation est explosive car l’insurrection des militaires rejoignent les demandes de certaines catégories de civils, comme les élèves, les professeurs, les commerçants ou les magistrats.
« Tout ce malaise militaro-civil généralisé part de la mal-gouvernance et de la vie chère. Quand les deux se rencontrent, ça devient explosif », met en garde le sociologue.
« Un jour, les militaires vont dire au pouvoir de satisfaire les doléances des civils, ne serait-ce que pour se réconcilier avec eux après ce qu’ils ont fait », prédit-il. (avec AFP)