Rechercher dans ce blog

BIENVENUE SUR COGITO CAFE ! VOTRE BLOG TOUJOURS A LA PAGE DES CHOSES DE LA VIE !
Affichage des articles dont le libellé est coup d'Etat de la France en Côte d'Ivoire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est coup d'Etat de la France en Côte d'Ivoire. Afficher tous les articles

lundi 4 juillet 2011

France: Video: plus de 4000 manisfestants à Paris pour la liberation de Laurent Gbagbo et de tous les prisionniers d'Alassane Dramane Ouattara


Grande manifestation à Paris pour la libération du Président Gbagbo

 







 


Paris- samedi 2 juillet. Paris a connu un mouvement spécial. En effet, tous les ivoiriens de la Diaspora et amis de la Côte d’Ivoire se sont donnés rendez-vous pour exiger une foi de plus à Sarkozy la libération d’un des fils digne de l’Afrique, son Excellence le Président Laurent Gbagbo.
Depuis le mois Avril 2011, Sarkozy et L’ONU ont décidé de mettre à exécution leur plan concocté depuis des années pour faire sauter le Président digne de la Côte D’Ivoire.
Il faut rappeler que dans la guerre de succession qu’à connu la Côte d’Ivoire depuis la mort du premier président de la Côte D’Ivoire, Feu Félix Houphouët Boigny, Laurent Gbagbo était considéré comme un “taucard”, terme employé le plus souvent au jeu des chevaux (PMU). Et comme au jeu de PMU, souvent le “taucard” peut surprendre les adversaires et gagner la course.
Laurent Gbagbo, bien qu’étant le moins attendu dans cette lutte que c’était livré ceux qui se réclamaient être les plus proches disciples de Houphouët, a été celui qui a prit le pouvoir au soir d’une élection organisée par la junte militaire.
De même que l’arrivée à la tête d’une course d’un “taucard” crée un bouleversement dans les pronostics et crée même des problèmes au maître du cheval, de cette même façon, l’arrivée au pouvoir du Président Gbagbo a fait bouleverser tous les plans des colons et leurs protégés sur le terrain. Le président Gbagbo devint automatiquement une cible à descendre.
Sachons d’abord une chose, cette guerre serait venue même si c’était Feu Guéi Robert qui était au pouvoir car ceux qui se battaient ne voulaient qu’une seule chose, Alassane au pouvoir. Le Président Gbagbo, ayant eu la malchance de se retrouver là au mauvais moment et au mauvais endroit, est traité de tous les noms. Cette guerre était inévitable.
Son accession au pouvoir fit grincer beaucoup de dent, alors Paris cherchait comment le faire sauter sans que la France soit indexée, mais c’était mal compter avec la stratégie de l’homme, ce qui lui a valu le surnom de “Boulanger”. Mais “Boulanger” est mieux que “Boucher”, car le boucher voit tout le monde comme sa cible qui est la viande. Il confond viande humaine et viande animale. Il a déjoué tous les plans de Paris.
Paris, ayant échoué à toutes ses tentatives, décide donc le 11 Avril de passer à la vitesse supérieure, celle de prendre Gbagbo vif ou mort. Ainsi ce même 11 Avril, les forces françaises kidnappent le Président Gbagbo et le remettent aux mains du boucher. Depuis donc cette date, le Président Gbagbo est incarcéré et privé de tous ses droits. Il vit dans une résidence faite en prison pour la circonstance. Ne confondons pas les termes, prison et résidence surveillé.
En droit pénal, la résidence surveillée est une peine judiciaire, alternative à la prison. La peine judiciaire suppose que la personne arrêté a été informée de son délit et a un procès en cours. Cette personne est donc mise en résidence surveillée attendant son procès pour sa condamnation ou sa libération, référons nous au cas DSK. Il était en résidence surveillée.
La prison sert à retenir les prisonniers dans l’attente d’une véritable peine, et comme le montre l’attitude de ceux en face, le Président est donc en prison, attendant une véritable peine, travail qu’ils veulent octroyer à la CPI pour s’en laver les mains.
Ce rassemblement gigantesque des ivoiriens venus de partout, montre dans un premier temps que le Président Gbagbo n’a pas usurpé son titre de Président mais l’a plutôt acquis, mais aussi il a pour but principal de demander sa libération immédiate sans condition sous peine de sévère réprimande de la part de la population Ivoirienne.
Ce rassemblement n’est qu’un début et il est encore temps pour ceux là de savoir lire les évènements
source infodabidjan

vendredi 1 juillet 2011

Côte d'Ivoire:Interview exclusive : Koulibaly Mamadou, Justice, Lmp, Fpi / Koné Katinan Justin (Porte-parole de Gbagbo) répond à tout

Le ministre Koné Katinan, porte parole de Laurent Gbagbo
 Il s’est enfermé dans un silence prudent depuis les évènements qui ont favorisé la chute de Laurent Gbagbo courant avril. Koné Katinan Justin, ministre délégué au budget dans le gouvernement Aké N’gbo se trouve aujourd’hui- comme bien de cadres de l’ancien régime- en exil. Il est depuis fin mai porte-parole du chef de l’Etat déchu Laurent Gbagbo. Par le truchement d’une personne ressource, nous avons pu établir le contact avec ce diplômé de l’Ena, haut cadre des Impôts. L’interview a été réalisée via internet. Exclusivité.

Bonjour, comment allez-vous ?

Koné Katinan Justin : Je vais bien. Tout juste un peu fatigué.

Bientôt trois (3) mois que votre leader, Laurent Gbagbo, a été défait militairement. Etes-vous remis de ces terribles moments ?
K.K.J : Certainement pas. On ne se remet pas aussi vite d’un tel traumatisme. Mais nous avons hérité de lui qu’il ne sert à rien de pleurer devant l’adversité. Cet enseignement nous permet au moins de nous surpasser. C’est ce que nous faisons.
M. Koulibaly Mamadou, président intérimaire de votre parti, le FPI, a expliqué dans une récente interview à Jeune Afrique que « tous les militants et cadres se demandent pourquoi Laurent Gbagbo s’est entêté à ce point à la limite de l’irrationnel ». Faites-vous partie de ces cadres-là qui pensent que Laurent Gbagbo s’est « entêté à la limite de l’irrationnel » ?
K.K.J : Tout dépend de ce que Mamadou Koulibaly comprend par l’entêtement. Lui et moi n’avons pas la même lecture des événements. Moi j’étais en Côte d’Ivoire et il était, lui, au Ghana. Peut-être que la distance que chacun avait par rapport au théâtre de ces douloureux événements justifie la différence de compréhension et d’analyse de ces événements. En tout cas, je ne vois pas en quoi le Président Gbagbo s’est entêté jusqu`aux limites que Mamadou Koulibaly qualifie d irrationnelles. Je ne fais pas partie de ces cadres qui pensent comme lui, et je ne suis pas sûr qu’il en existe plus de deux dans le parti.
Mais objectivement, vous ne pensez pas que Laurent Gbagbo, seul contre tous, n’avait aucune chance de demeurer au pouvoir ?
K.K.J : Mais Gbagbo n’était pas seul ! Il avait le peuple, l’armée et les institutions de l’Etat y compris l’Assemblée Nationale avec lui. Une élection n’est pas une compétition internationale. C’est d abord une affaire domestique. Le cas de la Cote d’Ivoire va certainement faire école. Quelles justifications aurait-il données à ces millions de personnes qui ont porté leur choix sur lui s’il avait eu une conduite autre que celle qu’il a eue si heureusement ? Par ailleurs, ce débat me semble dépassé. Les Ivoiriens s’interrogent comment faire pour avancer c’est cela qui me paraît vraiment important. Et sur ce point, le président Gbagbo, lui-même, a indiqué le chemin le jour de son arrestation par l’armée française quand il a dit il faut passer à la phase politique de la résolution de la crise après les opérations militaires. Je crois qu’il est toujours dans la même logique et il attend encore l’autre camp sur ce chemin.
Le débat est dépassé, dites-vous. Doit-on comprendre que vous reconnaissez Alassane Ouattara comme nouveau président de la République ?
K.K.J : C’est sur cette question que le débat politique et la réconciliation tant recherchée prennent tout leur sens. Il y a eu une élection à l’issue de laquelle deux candidats revendiquent chacun la victoire. L’un est défait militairement par une force de surcroît étrangère, mais le problème n’est pas, pour autant, réglé. La légitimité ne se trouve jamais au bout des canons de fusils. Le problème politique persiste. Et c’est là où l’intelligence humaine fait la différence. Qu’est-ce que l’on fait face à une telle situation. C’est là où la politique, en tant que moyen de gestion civilisée des contradictions et des conflits dans la société, joue un rôle déterminant. Pour que l’on arrive à une solution définitive qui rassure tous les Ivoiriens sur leur avenir, le débat politique civilisé doit s’ouvrir entre personnes de grande intelligence comme les deux candidats pour trouver la solution. Au terme de ce débat, toutes les conclusions sont faciles à tirer. C’est ce qu’attend le Président Gbagbo.
Donc, vous ne reconnaissez pas la décision du Conseil constitutionnel qui fait d’Alassane Ouattara, le nouveau président de la République ?
K.K.J : Il y’en avait une qui existait déjà. Un Conseil Constitutionnel ne se dédit pas. Si la décision du Conseil Constitutionnel était suffisante pour trancher la question ivoirienne, pourquoi avoir fait la guerre alors qu’il avait déjà rendu un verdict. C’est dire que le problème est ailleurs. Je répète que le problème reste fondamentalement politique. Il faut lui trouver une solution politique sans faux-fuyant. Et on ne peut le régler en excluant de ce débat le Président Gbagbo comme cela a semblé être le cas jusqu’à présent. Quand le Président Gbagbo désigne un porte-parole c’est qu’il entend participer au débat politique sur la suite de la gestion de la crise. Il ne faut pas lui chercher une alternative alors qu’il est encore bien vivant et il est le principal concerné par cette affaire. C’est pourquoi en notre qualité de porte-parole, nous avons saisi le Premier Ministre Charles Konan Banny, en tant chargé de la réconciliation en interne, et le comité des sages conduit par Desmond Tutu et autres Kofi Annan en tant que réconciliateurs extérieurs, qui sont à notre avis, les principaux points de jonction entre les deux candidats pour ouvrir le débat politique, qui s impose dans tous les cas de figure. Mieux vaut peut-être l’ouvrir maintenant.
Vous affirmez que le Conseil constitutionnel ne se dédit pas. En voulez-vous à son président Paul Yao N’Dré qui a proclamé Alassane Ouattara, président de la République ? N’a-t-il pas fait l’objet de pressions ? On parle d’une médiation du président John Atta Mills...
K.K.J : Quand on n’est pas capable d’assumer une responsabilité on ne l’accepte pas. Un président de Conseil Constitutionnel ne se laisse pas impressionné.
Un journal vous a cité comme faisant partie d’un groupe de cadres pro-Gbagbo prêts à monter une action de déstabilisation contre le régime en place. Que répondez-vous ?
K.K.J : On ne peut pas être à la fois porte-parole de Gbagbo et adepte des actions de déstabilisation dont a parlé ce journal. Il y a là une incompatibilité absolue. J’avais déjà répondu à ce journal. Je ne reviendrai plus là-dessus. Le credo du Président est et demeure toujours « Asseyons nous et discutons ». Il n’a pas changé et je ne vois pas pourquoi ses lieutenants changeraient. C’est un homme politique et il reste politique.
Un autre canard vous accuse d’avoir acheté une maison à 400 millions de F cfa à Accra avec l’argent du « braquage de la Bceao à Abidjan ». Que dites-vous ?
K.K.J : J’aimerais bien qu’on passe à des choses plus sérieuses. Il y a des personnes qui dessinent le monde de leurs rêves à travers des allégories. L’on tente de faire de moi le héros d’un film de science fiction. Je refuse de jouer ce rôle. J’étais ministre dans un gouvernement et non un chef de gang. Je ne crois pas que ce débat inutile puisse faire avancer la cause de notre pays. Allons-y à l’essentiel.
Qu’est-ce que cela vous fait de savoir que les nouvelles autorités s’apprêteraient à lancer un mandat d’arrêt international contre vous et certains cadres pro-Gbagbo ?

K.K.J : Elles ont certainement leurs raisons. Je suis un justiciable comme tous les citoyens de ce pays même si mon statut d’ancien ministre me donne quelques protections. Mais comme je l’ai dit tantôt, tout dépend de l’objectif recherché. Est-il opportun de boucher toutes les voies de discussions ? Le conflit est rentré dans une phase civile où l’on a besoin de se parler. La désignation d’un porte-parole par le président Gbagbo répond à ce souci. Peut-être, faut-il laisser des pistes de rencontre possible. Dans un schéma de sortie d’une crise aussi profonde que celle de la Côte d’Ivoire, cela me semble un minimum indispensable. Le Président en prison, le président du parti, tous les deux premiers vice-présidents en prison, il faut savoir, à mon humble avis, laisser l’ouverture nécessaire à la discussion comme le Président Gbagbo lui-même l’a fait pendant tout le temps où il a exercé effectivement le pouvoir d’État. C’est tout cela que nous appelons le débat politique. Choisir la voie, la meilleure pour sortir de cette mauvaise passe reste le gage de succès de la réconciliation. Mais tout cela est de la responsabilité des nouvelles autorités. Il leur appartient de prendre la juste décision.

Vous dites que vous êtes ancien ministre. Le problème, c’est que le pouvoir actuel considère le régime auquel vous avez appartenu illégitime. Pour cela d’ailleurs, le ministre Jeannot Ahoussou a annoncé, en conférence de presse, que Laurent Gbagbo sera jugé devant une Cour d’Assise pour des « infractions contre l’autorité de l’Etat, atteinte à sa souveraineté… »

K.K.J : Je vous ai dit que c’est son droit de vouloir poursuivre les personnes qu’il soupçonne coupables de crimes et délits. Il est ministre de la Justice, il a donc, à travers le Procureur de la République, l’initiative des poursuites pénales. Personne ne lui conteste ce droit. Mais, maintenant c’est au tribunal saisi de trancher l’affaire. Il y a certainement ce que veut le ministre, mais il y a aussi ce que dit le droit. Et le droit est dit par un Juge à la suite d’une procédure contradictoire. Nous ne sommes tout de même pas revenu à la période de l’inquisition. Cela dit, je m’interroge toujours sur l’opportunité de ces poursuites eu égard à la situation de la Côte d Ivoire. Est-il encore nécessaire de cristalliser davantage les positions déjà suffisamment tranchées et qui ne font que faire douter les Ivoiriens sur leur capacité à surmonter leurs contradictions internes ? Quelle gloire tire-t-on à vouloir emprisonner tous azimuts un Président de la République et les Hauts serviteurs de l’État. Il est temps de couper la chaîne des ressentiments nés depuis 1999. Il ne faut pas la transmettre aux générations futures. Or, j’observe que les ressentiments ne font qu’augmenter. Il faut éviter de frelater notre propre histoire au point d’en faire, comme le disait Nietzche, un poison pour nous mêmes. Nous avons cette capacité de dépassement. Il faut le faire. Le Président Gbagbo l’a suffisamment démontré.

Vous semblez demander l’abandon des poursuites au nom de la réconciliation là où les nouvelles autorités pensent que justice et réconciliation vont ensemble ?

K.K.J : Je n’ai jamais demandé d’abandonner les poursuites. Je dis qu’il faut éviter de donner l’impression de faire la justice des vainqueurs. Cela risquerait de compliquer encore plus la situation du pays. Pour moi, la solution et, je le répète, reste politique. Seul le débat politique peut faire sortir la Côte d’Ivoire de la situation difficile qu’elle traverse. On oublie que le Président Gbagbo a été défait militairement là où l’UA proposait une solution politique et lui- même ne demandait rien d’autre qu’un seul recomptage des voix. C’est un aspect important. Mais, une fois encore, je répète qu’il est à la fois du devoir et de la responsabilité des nouvelles autorités de faire ce qui leur semble bien pour le pays. Ce n’est plus à Gbagbo de décider. Il attend toujours sur le chemin du débat politique civilisé. En tout conflit, il faut savoir s’aménager une petite porte de sortie.

Quelles sont les dernières nouvelles que vous avez de Laurent Gbagbo ?

K.K.J : Les dernières nouvelles que j’ai de lui me font dire qu’il irait bien. Il est cependant préoccupé par le sort de la Côte d’Ivoire. Il s’inquiète du sort de tous ces milliers de personnes qui sont en exil. Il pense profondément à toutes ces familles détruites, aux veuves des Fds et des simples citoyens, aux orphelins de cette tragédie et aux prisonniers. A ces milliers de jeunes qui ont cru à la démocratie et qui sont obligés pour cela de vivre qui, en brousse, qui en exil. A tous ces élèves et étudiants qui ne pourront plus retourner dans les classes et les amphithéâtres. Il en est malheureux. Il prie pour eux. Il leur demande de croire à la Cote d Ivoire et à la capacité de ses fils et filles de se surpasser. Il leur exprime toute son amitié. Enfin, je pense à sa famille et notamment à sa mère de plus de 88 ans, contrainte de vivre en exil après avoir tout perdu.

Au fait, où vous trouvez-vous ? On vous annonce tantôt à Accra, tantôt à Luanda…
.
K.K.J : Je ne crois pas que là où je suis puisse faire avancer la cause de la Côte d Ivoire.

Comment se fait-il que vous ayez été nommé porte-parole de Laurent Gbagbo au lieu et place de Gervais Coulibaly qui assumait cette fonction jusqu’à la chute de l’ancien Président ? Est-ce parce que Gervais Coulibaly ne faisait plus l’affaire ?

K.K.J : Mon grand-frère Gervais est, reste le porte-parole du Président en exercice. Son petit-frère assume la même fonction pour la même personne mais qui est dans une autre posture. Il s’agit d’un Président en prison. En me désignant comme porte-parole, le Président Gbagbo ne fait que confirmer Gervais. Vous ne pensez tout de même pas que je vais exercer cette fonction sans la bénédiction et la supervision de mon grand-frère. Je suis Tagbana et l’on m’a enseigné très tôt le sens du respect des aînés et les rapports sociaux dans une famille. Je n’aurais jamais accepté cette mission malgré toute ma loyauté vis- à-vis du Président si Gervais ne me l’avait pas permis. Ces choses-là relèvent du sacré chez nous. Considérez que c’est le grand-frère Gervais qui continue d’exercer cette mission et qui continue de bénéficier ainsi de la confiance du Président Gbagbo.

Le ministre Jeannot Ahoussou a indiqué que vous deviez répondre personnellement devant la justice pour avoir conduit la nationalisation forcée de certaines banques commerciales. Il a aussi dit que la somme d’un milliard de F cfa décaissée pour payer les travailleurs d’une banque commerciale, au marché d’Adjamé, a disparu. Que répondez-vous ?

K.K.J : Je vous ai dit que je ne veux pas jouer le héros d’un film de science fiction. Le ministre Ahoussou est garde des sceaux. Dans l’ordre protocolaire du gouvernement, quand il n’y a pas de ministre d’État, c’est pratiquement la deuxième personnalité du Gouvernement après le Premier Ministre. Il est mieux placé pour savoir les compétences d’un ministre délégué dans un gouvernement. J’ai eu la chance de travailler avec le ministre Dallo Désiré, un homme de grande ouverture d’esprit héritée de sa longue expérience du privé. Je profite pour le remercier pour l’encadrement qu’il a bien voulu m’apporter pendant cette brève mais intéressante expérience ministérielle. Je n’accepte pas que l’on lui fasse l’injure de le présenter comme un incompétent et que tout le mérite de l’action du cabinet revienne à son délégué. Cela dit, ce n’est même pas un ministre qui fait une nationalisation. Elle est faite par décret et il n’y a qu’une seule personne qui prend le décret, c’est le Président de la République. Évidemment la solidarité gouvernementale nous rend tous comptables de l’action du gouvernement. Mais de là à penser qu’un ministre délégué a pu forcer la main au Président de la République, c’est un peut trop me surestimer. Mais en tout état de cause, ce que je tiens à dire, c’est que le rôle que j’ai eu à jouer en tant que ministre délégué ou membre du gouvernement dans le dossier des banques, si c’était à reprendre, je ferais la même chose. Pour moi, le comportement des banques en Côte d’Ivoire pendant cette période ne peut mériter aucune condescendance ou une quelconque compassion. Je serais ministre sous le Président Ouattara ou le Président Bédié, je ferais la même chose. C’est une question de conviction personnelle. Moi, je suis client de ma banque depuis plus de 20 ans. Elle m’a démarché alors que j’étais à l’ENA (Ecole normale d’Administration). Elle n’a pas le droit de se comporter avec moi comme les banques l’ont fait avec leurs clients. C’est un acte purement raciste et il s’agit là de la position d’un client. Un banquier n’est pas un épicier. Je dénoncerai ce comportement quel qu’en soit le prix. L’on parle de milliers de morts dans les affrontements militaires. Mais personne ne peut déterminer le nombre de personnes décédées suite à cette décision hasardeuse et méchante des banques. Ce n’est pas parce que je suis en exil ou sous les menaces de poursuites judiciaires que je renoncerai à cette conviction profonde.
Pour ce qui concerne cette fameuse histoire d’argent d’Adjamé, je pense que la banque en question a des services de comptabilité. Mois je n’ai jamais vu cet argent. Ce n’est pas le rôle d’un ministre de garder l’argent. Il y a des services compétents pour cela. Des instructions ont été données pour faire arrêter l’opération clandestine et humiliante de paiement des salariés d’une banque dans un marché. L’opération a été arrêtée et les paiements se sont poursuivis le lendemain dans les locaux de cette banque. Il ne faut pas me donner plus de responsabilité ou de mérite que je n’en avais.

Etes-vous en contact avec un certain nombre de cadres, Ahoua Don Mello, Emile Guiriéoulou…le leader des jeunes patriotes, Charles Blé Goudé ?

K.K.J : Je n’ai aucun contact avec personne pour le moment. Je sais seulement qu’ils vont bien selon mes sources d’informations.

Si vous étiez à Abidjan, vous vous trouveriez certainement aux côtés de vos camarades à la Pergola dont 15 viennent d’être inculpés. Avez-vous le sentiment, en étant à l’extérieur, de les avoir trahis ?

K.K.J : Je ne crois pas qu’ils se soient donné librement rendez vous là-bas pour se manifester mutuellement la solidarité. Je mesure leur souffrance. Mais c’est la même souffrance que ceux qui sont en exil endurent à quelques variances près. La place d’un citoyen heureux et libre n’est certainement pas en exil ou dans une prison, fût-elle un hôtel. C’est justement pour cela que le président Gbagbo appelle au débat politique qui est, seul, capable de rassurer les Ivoiriens et de cicatriser, un tant soit peu, les plaies intérieures.

Laurent Gbagbo est poursuivi en justice sur le plan national. Il le sera peut-être au niveau de la CPI. A 66 ans, on peut dire qu’il est politiquement fini ?

K.K.J : C’est quoi être politiquement fini ? Je ne pense pas que vous partagiez le rêve de certains des nôtres qui se précipitent, tête baissée, en étant dans la même logique de la fin politique du Président Gbagbo. Un homme politique ne finit jamais surtout quand on a la trempe du Président Gbagbo. Même s’il n’exerce plus le pouvoir d’État, son influence sur la scène politique ne peut se nier. Il a créé un parti qui reste une force incontournable dans le jeu politique ivoirien. J’observe les soucis inutiles que certains des nôtres se donnent pour retourner la créature contre son créateur. C’est à la fois amusant et utopique.

Vous êtes membre du secrétariat général du FPI. Vous semblez en opposition avec le président intérimaire du parti qui pense qu’il faut repenser votre idéologie et changer le nom du parti ?

K.K.J : Je réponds à cette question en tant que cadre du FPI. Ce n’est pas la mission d’un intérimaire. Il faut un peu de discipline en toute chose. Un intérimaire gère les affaires courantes. Le changement de l’idéologie d’un parti ou de son nom ne se décide pas comme cela dans un coin de la rue. Le FPI est un parti trop sérieux et trop organisé pour être traité de la sorte. C’est une opinion personnelle. Il y a, à mon avis, de la précipitation dans la gestion de l’intérim. Les Ivoiriens commencent à prendre trop de goût au coup de force. C’est dangereux pour la démocratie.

Fait-il bon vivre à Luanda ?

K.K.J : J’y suis allé il y a si longtemps que je ne sais que vous répondre.

Source Soir Info

mercredi 22 juin 2011

Exclusif: Sidiki Bakaba raconte les derniers instants à la résidence de GBAGBO.


Sidiki Bakaba, blessé à la résidence de Gbagbo après le bombardement de la force francaise
Il a failli mourir, ciblé par un hélicoptère de Licorne puis battu à coups de crosse par les soldats d’Alassane Ouattara. Mais il a été jusqu’au bout de sa destinée de témoin des chocs de l’Histoire nationale. Il ne regrette rien. De son lieu de rééducation en France, il se souvient…
On dit que ce qui échappe à la conscience nous revient sous forme de destin». Dans le «refuge» où il s’est retiré, au coeur de la France profonde, pour panser ses plaies,  Sidiki Bakaba, présent à la Résidence présidentielle de Cocody au moment du kidnapping de  Laurent Gbagbo et de sa suite, soigne son âme à coups d’introspection philosophique.
Il en est persuadé : son destin et sa vocation d’artiste engagé l’ont toujours amené à  être le témoin privilégié d’événements importants pour son pays et son continent. Une  fois de plus, il a donc été jeté au coeur de la fournaise ardente. Comme dans d’autres pays africains, au Burkina Faso durant la période «révolutionnaire», ou en Guinée lors de  la première purge du règne de Lansana Conté, en 1985. Comme en novembre 2004, lors du  premier «épisode» de la guerre de la France contre la Côte d’Ivoire. Une page tragique de l’histoire de la Côte d’Ivoire qu’il a «offerte» aux générations futures sous la forme d’un documentaire au nom évocateur : «La Victoire aux Mains Nues».
Témoin d'une résistance héroïque
«Je n'avais pas forcément l'intention de faire un film sur la crise postélectorale. Contrairement à ce qu'une légende bien orientée prétend, je ne suis pas allé sur le front  avec l'intention de me battre arme au poing. C'est le front qui est venu vers moi! Ma maison se trouve dans le pourtour présidentiel, à quelques minutes à pied de la Résidence présidentielle.
Progressivement,les bruits de guerre se sont rapprochés. Un jour, je me réveille, et je vois devant mon domicile quelques centaines de jeunes combattants loyalistes. Ils m’expliquent qu’Abidjan est divisée, et que seuls les combattants sont dans la rue. Ils se reconnaissent par des noms de code bien spéciaux. Les uns, c’est «ami ami», les autres c’est «miaou miaou».
Bref, ils m’expliquent que je ne peux pas sortir seul même pour acheter du pain. Et ils me proposent de m’escorter, de me protéger d’une certaine manière. J’écoute ces jeunes soldats, qui sont mes compagnons par la force des choses. Et il me semble que je retrouve dans leur bouche les mêmes mots que ceux des jeunes qui, les mains nues, ont affronté les chars français en novembre 2004. Sauf que là, ils sont armés. Ils disent qu’ils sont prêts à mourir... Ils répètent : «Nous voulons libérer la Côte d’Ivoire, nous voulons libérer l’Afrique. L’indépendance que vous, nos oncles, avez eue, elle n’est pas réelle. Nous avons la mémoire de 2004. Cette fois, cela ne se pas sera pas comme ça, ils ne nous trouveront pas les mains nues». La phrase «il faut libérer l’Afrique » crée une résonance en moi. Nous l’avions prononcée il y a longtemps, quand j’étais jeune, quand nous commencions à remettre en cause les indépendances dans nos pays. Je suis donc allé voir, sentir, et pourquoi pas témoigner de ce qui apparaissait déjà comme un remake de novembre 2004».
Sidiki Bakaba ne pense pas forcément à un documentaire. Mais dans sa tête trotte l’idée d’un film de fiction  reconstituant l’histoire de la Côte d’Ivoire. Il se dit : «Dans ce cas, il me faut du matériau». Et ajoute : «Je ne voulais pas travailler à partir de ce qui a été écrit ou raconté par d’autres, mais vivre cette histoire-là, à l’endroit où je me trouvais». Du côté où il se trouvait aussi, peut-on ajouter. Comme les équipes de la chaîne de télévision franco-allemande Arte ont filmé la descente sanglante des FRCI à Abidjan, lui, il filmait ce qui est très vite apparue comme une résistance «héroïque».
Il filme quelques centaines de combattants qui font face aux assauts répétés d’adversaires soutenus logistiquement par l’armée française et par l’ONUCI. Mais qui, systématiquement, battent en retraite, perdent des hommes en masse, s’enfuient en laissant des liasses de faux billets offerts par leurs commanditaires politiques – un mensonge fondamental qui explique sans doute aujourd’hui les actes de sabotage économique et de pillage forcené des FRCI.
Sidiki Bakaba, qui ne peut plus dormir chez lui dans ce contexte explosif, filme également le petit monde qui s’est aggloméré autour de Laurent Gbagbo à la Résidence, préparé à partager une destinée tragique. Il voit arriver là les généraux Philippe Mangou (chef d’état-major des Armées) et Edouard Tiapé Kassaraté (patron de la gendarmerie). Des généraux que la rumeur accuse déjà de trahison. Très vite, Laurent Gbagbo les éconduit,
le cameraman de la RTI et lui. «Nous avons à nous dire des choses qui ne se disent pas devant les caméras», explique le chef de l’Etat. Bakaba pressent une atmosphère houleuse...
Le bureau de Gbagbo mitraillé alors qu’il s’y trouve. Progressivement, la pression des coalisés se renforce. Un autre témoin présent à la Résidence, dont nous taisons le nom pour des raisons de sécurité évidentes, raconte. «A partir du 7 avril, les attaques des hélicos se sont intensifiées. On était obligés de se réfugier au sous-sol. Le 9 avril, la dégradation s’est accélérée. La bibliothèque de la Résidence a pris feu, contaminée en quelque sorte par des voitures qui se trouvaient dans la cour et qui, bombardées, avaient explosé littéralement». Ce témoin là fait une révélation troublante. «Le vendredi, le bureau du président a été mitraillé au moment où il venait d’y entrer pour travailler un peu, comme si ses ennemis maîtrisaient ses mouvements.» Miraculeusement, Gbagbo s’en sort, et retourne au sous-sol. L’atmosphère est apocalyptique dans ce que les médias occidentaux appellent «le bunker».
Les veillées de prière se succèdent. «On n’espérait qu’en Dieu seul», se souvient ce témoin. Le dimanche 10 avril, en milieu d’après-midi, l’amiral Vagba Faussignaux annonce que les forces internationales vont venir chercher l’ambassadeur d’Israël, et demande aux soldats de ne pas tirer sur leurs hélicos. Il est 16h40. Très rapidement, une intense campagne de bombardements – la plus terrible! – est engagée. Et Sidiki Bakaba, qui se trouve dans la cour, au niveau de la guérite, à l’entrée de la Résidence, est pris pour  cible, contrairement à un canon bitube, qui ne se trouve pas trop loin. Et est provisoirement épargné. Une caméra accusatrice est sans doute une arme lourde bien plus menaçante...
«Je sens quelque chose d’animal. Je me dis: «Cet hélico va me tirer dessus». Je rentre dans le poste de contrôle. Je me couche par terre, et le mur s’effondre. Je suis comme projeté en l’air. Je retombe par terre. Je psalmodie. «Il n’y a de Dieu que Dieu». Trois fois. Je me lève : une de mes jambes ne répond plus. Je sautille. Je me traîne jusqu’à l’infirmerie. Mon sang gicle de partout. Ils essaient de me soigner. Mais mon instinct de survie me pousse à ramper jusqu’au bâtiment principal.
Je veux aller y mourir dignement. Là-bas, les médecins commencent à m’inciser avec des rasoirs, sans anesthésie. Ils sortent des éclats d’obus tout noirs de mon corps. C’est atroce. J’ai des moments de perte de connaissance. Et des fois je reprends connaissance. Je dis des choses, je les chante. Je répète que cette indépendance réelle, dont ces jeunes qui sacrifient leurs vies rêvent, deviendra réalité un jour. A titre personnel, je suis persuadé que je vais mourir. Des rideaux brûlent. Les personnes les plus religieuses parmi nous semblent partagées entre transe et peur. Je sens que c’est fini, avec la force des explosions. J’accepte le principe de ma mort. Je me dis que j’ai atteint plus de 60 ans, sur un continent où l’espérance de vie est de moins de 50 ans. Je n’ai ni le  sentiment d’être un héros ni celui d’être un lâche, mais un homme qui meurt dignement».
Des incendies provoqués délibérément Les incendies, méticuleusement provoqués par les frappes françaises pour faire sortir les «rats» de leur tanière, se multiplient dans le sous-sol. Héroïquement, les ultimes compagnons de Laurent Gbagbo luttent pour éteindre le feu qui menace de les dévorer. Prient. Et se remettent à l’ouvrage. Bakaba est hors jeu. Sa caméra n’a pas survécu. Lors de ses moments de conscience, il sent l’affection forte d’un homme qu’il ne connait pas vraiment, mais dont les paroles affectueuses tentent de le maintenir en vie : il s’agit  de Désiré Tagro (photo), qui ne sait pas qu’il vit lui-même ses dernières heures.
Notre témoin raconte. «Le lundi 11, les bombardements ont repris avec une force inédite. Trente chars français et six hélicos. Ce sont les chars qui détruisent le portail d’entrée à la résidence. Les hélicos crachent leur déluge de flammes... et le sous-sol prend feu à nouveau. On veut remonter par la buanderie. Mais un commandant de l’armée nous dit que si
on le fait, ils vont nous canarder. Nous sommes coincés dans un tunnel. Avec le chef de l’Etat, son épouse, les ministres. Il n’y a pas d’issue de secours. Le portail de secours est bloqué. Celui qui en avait les clés a disparu.
Avec les clés. Notre seul choix : mourir canardés ou asphyxiés. Pendant près de trente minutes, le commandant mitraille ce portail. Il réussit à le défoncer.Nous cachons le chef de l’Etat dans un endroit pas loin de la bibliothèque. C’est à ce moment-là que Désiré Tagro appelle les Français pour demander l’arrêt des tirs. On lui
remet un drapeau blanc pour qu’il sorte négocier. Quand il sort, on lui tire dessus. Il revient pour dire au chef de l’Etat : «ils vont nous tuer». Cinq minutes après, des rebelles pénètrent dans la Résidence.»
Le carnaval de violence commence, malgré le fait qu’Hervé Touré dit «Vétcho», s’oppose à l’assassinat des civils. Des personnes ont été tuées au rez-de-chaussée. Des coups de kalach, des coups de couteau, des balles dans les fesses… Les nouveaux «prisonniers», y compris les religieux, mis entièrement nus,sans le moindre cache-sexe, doivent chanter, sous la menace des armes, «on va installer ADO». Certaines personnes sont mitraillées dans la cour. Et tombent. Mortes ? Très probablement. Les autres n’ont pas le temps de voir s’ils sont récupérables. Un homme filme sans relâche ce spectacle macabre. C’est un militaire français, un Blanc, le seul qui est franchement visible aux côtés des FRCI, qui est descendu des chars avec eux. Ce sont ses images à lui qui seront présentées par le ministre de la Défense français, Gérard Longuet, comme ayant été prises par la troupe
d’Alassane Ouattara.
Sauvé par Paul Madys et un militaire français Quand Sidiki Bakaba reprend conscience  -avant de s’évanouir à nouveau quelques temps après –, il est face à trois personnes, habillées en treillis. Chacune est coiffée d’un bonnet et d’une plume sur la tête. L’un d’entre eux dit, comme dans une scène de western : «Ah ! Sidiki Bakaba, toujours fidèle !  Fidèle jusqu’au bout ! Moi, j’aime les gens fidèles !» Il a un drôle de sourire aux lèvres. Il informe une personne, par téléphone et par talkie walkie, de la présence du premier directeur général du Palais de la Culture d’Abidjan. «Au moins, il me connaît», se dit Bakaba. Le plus jeune des trois hommes en treillis dévisage le «kôrô» mal en point, incapable de se défendre, à l’article de la mort.
«Il m'insulte en malinké, soulève la crosse de sa kalach, me donne un coup violent sur la tête,puis en plein dans l'arcade sourcilière, me promettant de me bousiller un œil. Malgré mon état, je sens une agression terrible. Il me prend ma montre et un talisman en argent. Il ne me reste que le chapelet de ma mère», raconte Bakaba. Qui retombe dans les pommes. Après avoir entendu dire : «On l’a attrapé, on le tient maintenant, Gbagbo».
Quand l’artiste se réveille, il est dans une brousse qu’il ne parvient pas à distinguer. En réalité, il se trouve à proximité de la brigade de gendarmerie en contrebas de la Résidence de Madame Thérèse Houphouët-Boigny avec d’autres blessés considérés comme trop amochés pour arriver à l’hôtel du Golf, où les caméras des journalistes de la presse internationale sont déjà allumées.
Il est donc question, pour l’armée de Ouattara, de les achever là. Mais les FRCI se heurtent au refus des soldats français. «Derrière nous, il y a plusieurs soldats des FRCI avec des kalachs qui nous promettent une mort certaine. En face de moi, je vois trois silhouettes de militaires français, qui semblent s’opposer. A ma
gauche, le chanteur Paul Madys. Avec toute son énergie, il est en train de plaider pour nous auprès des soldats français. Il dit : «On vous demande pardon, ne nous laissez pas. Ceux qui sont derrière-là, vont nous tuer».
En désespoir de cause, il offre sa vie pour la mienne. Il me regarde et dit aux soldats français : «Celui-là, vous ne pouvez pas le laisser. Prenez-le et laissez-moi, je vais mourir à sa place». A ces mots, Bakaba, entre la vie et la mort, ressent une sorte de «bouffée», un «élan de foi en l’homme». «C’était le contraire de l’inhumanité, de la
violence que m’avait infligée le «blakoro» des FRCI à la Résidence présidentielle. Dans cette Côte d’Ivoire, à ce moment-là, un homme, un frère, qui n’avait rien de mandingue, qui avait au moins vingt ans de moins que moi, donnait sa vie pour moi…»
Alors que ses collègues veulent s’en aller, promettant aux blessés agglutinés là que l’ONUCI viendra les chercher, un militaire français fait le tour de son visage de son doigt, regarde Paul Madys dans les yeux et lui fait le serment de ne pas les abandonner, quand bien même ses collègues le feraient. Il se débrouille pour trouver un char pour conduire les blessés au CHU de Cocody. L’armée française qui, par les airs, a failli ôter la vie à l’acteur
principal de Bako, l’autre rive, lui sauve la vie à travers l’initiative personnelle d’un jeune homme juste. «Pour la première fois depuis longtemps, je ressens de la fraîcheur, je me sens bien, je perds connaissance».
A son réveil, Sidiki Bakaba est dans un tout autre décor. «J’ouvre les yeux, je suis dans un hôpital. Les gens qui Arrivé à l’aéroport dans une ambulance, Sidiki Bakaba se déplace en fauteuil roulant. A sa vue, la petite foule des voyageurs et du personnel en service fond en larmes. «Mon Dieu ! On nous a dit que vous étiez morts !», crient certains. Bakaba s’engouffre dans l’avion, rempli à 70% de militaires français rentrant au pays, leur «mission» accomplie. «Marqué par la haine» selon son expression, il se prépare à de longs mois de soins et de rééducation.
Pourquoi Bakaba ne renie pas Gbagbo
Les Ivoiriens le savent. Sidiki Bakaba entretenait des rapports passionnels et compliqués avec le président Laurent Gbagbo, avec qui il n’a pas toujours été sur la même longueur d’ondes. En conflit avec des ministres qui, estime-t-il, lui ont savonné la planche, il a souvent attendu de nombreux – et douloureux – mois une audience présidentielle. Mais il est hors de question pour lui, hier, aujourd’hui ou demain, de renier le chef de l’Etat renversé. Et il l’explique, avec passion.
«Je retiens qu’aux derniers moments avant son arrestation,il m’aura vu. L’ami est l’ami, dans ma culture. Aujourd’hui qu’il est dans une situation difficile, je ne crache pas sur Gbagbo. Il a certes des défauts, mais il n’est pas le monstre qu’on dépeint.
Je n’aurais pas composé avec un monstre. Il y a une sagesse qui dit chez nous «le fou de quelqu’un ici est le sage de quelqu’un ailleurs». L’homme que je connais est un homme qui m’a respecté, qui a respecté mes créations même s’il n’en a pas toujours fait une promotion à la mesure de ce que j’attendais. Je retiens qu’il m’a respecté, qu’il a respecté mon travail en se refusant à interférer, et c’est très important pour un homme de culture soninkée. Je pense que ces derniers jours là, il a dû penser aux petites anecdotes que je lui rappelais quand on avait l’occasion d’avoir des moments d’intimité.
Comme celle du rapport entre Samory, le dernier empereur résistant face à la pénétration coloniale, avec son ami et aîné Morifindian Diabaté, griot, mémoire vivante du pays et capitaine. Quand Samory a été arrêté à Guélémou en Côte d’Ivoire, Diabaté a proposé d’aller avec lui en prison. Les Français ont dit «non», et sont allés avec Samory au Gabon. Plusieurs mois plus tard, Morifindian est arrivé au  Gabon par ses propres moyens. Ils se sont parlé, se sont rappelé les moments de gloire et les moments tristes. Quand Samory est mort, Diabaté l’a enterré. Les Français lui ont  proposé de le ramener en Côte d’Ivoire. Il a refusé. Il a creusé sa propre tombe à côté de celle de Samory. Et il leur a dit : «Quand je mourrai, vous m’enterrerez ici». Et ses dernières volontés ont été respectées. Ce n’est qu’à la fin de son règne que Sékou Touré a ramené leurs cendres dans leur terroir ancestral mandingue, en Guinée.
Ce n’est pas leurs faits de guerre, leur gloire, qui ont alors été célébrés, mais leur serment d’amitié, la valeur du serment d’amitié. Là où il est, peut-être mon grand-frère se dira que je ne suis pas Louis Sépulvéda, romancier et compagnon de route d’Allende jusqu’à sa fin tragique au palais de la Moneda.
Je ne suis pas Morifindian Diabaté, mais je suis Sidiki Bakaba avec mon histoire. Ceux qui racontent que j’ai combattu les armes à la main doivent savoir que je ne suis pas André Malraux qui s’est engagé et s’est battu dans un avion militaire contre le franquisme en Espagne. Il l’a fait par conviction. Il n’a pas été diabolisé pour autant. De Gaulle en a fait son ministre de la Culture. Moi, Sidiki, j’attends mon De Gaulle

lundi 20 juin 2011

Côte d'Ivoire :Lazare Koffi Koffi (ex- ministre de Laurent Gbagbo) depuis le Ghana:"Gbagbo n`a pas perdu les élections. Il a seulement perdu la guerre contre la France...''

L'ex ministre de Laurent Gbagbo, M.Lazare Koffi Koffi
Lazare Koffi Koffi était ministre de l`Environnement et des Eaux et Forêts dans le gouvernement d’Aké N`gbo. Depuis le 11 avril 2011, il
est en exil suite à l`offensive des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci). Il nous a accordé cette interview par le truchement d`internet.
Où êtes-vous depuis la chute de Laurent Gbagbo ?
Lazare Koffi Koffi : Je suis au Ghana, un pays devenu depuis quelque temps, le pays où l`on savoure la liberté. J`y suis arrivé deux jours après l`arrestation du Président Laurent Gbagbo. Je bénis Dieu et je le loue chaque jour de m`avoir préservé d`une mort certaine puisque du lieu où je m`étais réfugié après la destruction et le pillage systématique de mon domicile à Abidjan, j`ai côtoyé la mort. J`ai vu des gens sauvagement abattus comme des animaux sans raison. Aujourd`hui, grâce à Dieu, je me porte bien. Mon moral est au beau fixe ainsi que toutes mes facultés pour apprécier sainement les événements douloureux que vit notre pays depuis mars 2011. Je tiens à dire également qu’après avoir attaqué et pillé ma résidence d`Abidjan, les rebelles ont investi mon domicile du village d`Eboué (dans la nouvelle sous-préfecture d`Adjouan). Après avoir à coups de kalachs et machettes porté atteinte à l’intégrité physique de mes parents (ma mère a été molestée et Koffi Amichia mon petit frère a été rudoyé et tailladé à la machette, il a été abandonné dans un état comateux), ils ont tout pris dans la maison y compris les habits et autres ornements sacerdotaux de l`Abbé Koffi Gnassou Bruno, mon jeune frère prêtre défunt. Récemment encore, dans la nuit du 6 au 7 juin dernier, pour la troisième fois, les Frci sont encore venues chez moi au village pour tout briser. Tout le village se trouve aujourd`hui choqué même parmi les pro-Ouattara qui ne comprennent pas cet acharnement contre ma personne et qui s`interrogent sur cette manière de gouverner. Mais moi, je reste serein, habité par l`esprit de Job de la Bible. La perte de ces biens, du reste périssables, n`est pas importante. Ce qui est important, c`est d`avoir la vie.

Le Procureur de la République a gelé vos avoirs. Comment arrivez-vous à vivre?
L.K.K : Le Procureur de la République a gelé nos avoirs sans une décision de justice. C’est une grave atteinte aux droits de l’Homme. Et le plus cocasse dans cette affaire, c`est qu`il vise des décisions du Conseil de l`Union européenne. Pour le reste, comment je vis ? Dieu a dit que je vaux mieux que les passereaux ; donc il me demande de ne pas me soucier du lendemain.

Regrettez-vous d`avoir accepté d`être ministre dans le gouvernement d`Aké N`Gbo?
L.K.K : Et pourquoi devrais-je le regretter ? J`ai appartenu à un gouvernement légal dans lequel les Ivoiriens se sont reconnus et identifiés. Pendant quatre mois, j`ai été accueilli partout dans la liesse populaire et non sous la baillonnette. J`ai échangé avec les Ivoiriens en toute liberté dans le respect mutuel en ayant toujours à l’esprit que c`est le peuple qui détient la réalité du pouvoir. C`est pourquoi je ne comprends pas ceux des nôtres qui pensent que nous avons tout perdu, allant même jusqu`à renier toute légitimité à Gbagbo. Ils sont devenus des démarcheurs quotidiens pour faire reconnaitre Ouattara comme un Président légal et légitime.

De qui parlez-vous ?
L.K.K : De tous ceux qui, dans nos rangs, pensent que leur heure est venue pour se faire une place au soleil.

Comment avez-vous vécu les derniers moments du règne du Président Gbagbo?
L.K.K : J`ai été traversé simultanément par trois sentiments. D`abord la nausée. Face à l`acte criminel perpétré par la France contre notre pays, un pays indépendant et souverain. J`ai été écœuré de voir comment nuitamment, dans la lâcheté, les Institutions républicaines ont été renversées et notre Armée détruite. La France, depuis, n`est plus pour moi un pays de référence en matière de respect du droit international et de droit de l`Homme. Ensuite, j`ai éprouvé de l`admiration pour le Président Laurent Gbagbo qui a fait montre d`un courage exceptionnel qui fera date dans l`histoire. Face au déluge de feux sur Abidjan et particulièrement sur sa résidence de Cocody, il est resté digne. Il a montré encore une fois que pour la confiance placée en lui par les Ivoiriens, il était prêt à défendre le pays même au prix de sa vie. Enfin, j`ai été horrifié, meurtri et franchement dégouté de constater que ce sont ceux qui se disent héritiers d`Houphouët, regroupés au sein du Rhdp, qui, avec l`appui de la France et de l`Onu, ont détruit ce que Houphouët, toute sa vie durant, a construit, et qui constitue aujourd`hui l`âme de la Côte d`Ivoire moderne. Le Palais présidentiel, la Rti, l`Atci, les bases militaires et, scandale des scandales, la résidence mythique d`Houphouët, symbole de notre souveraineté, tout a été détruit par les enfants d`Houphouët. Un véritable parricide. Ce que Gbagbo, le célèbre opposant à Houphouët, n`a osé faire, sinon que chercher à restaurer ce qui tombait en ruine, Ouattara, Bédié et leurs alliés l`ont fait pour satisfaire leur volonté de venir au pouvoir.

A quel moment avez-vous senti que c`était la fin de votre régime?
L.K.K : Je n`ai jamais senti la fin de notre régime et même encore aujourd`hui, je crois en sa survie. Car tout le monde le sait, Gbagbo n`a pas perdu les élections. Face aux canons de la France, il a crié cette phrase : « Mais Ouattara n’a pas gagné les élections !» Cette phrase retentira pendant longtemps dans les esprits des démocrates. Gbagbo n`a pas été vomi par son peuple. Bien au contraire, celui-ci reste fidèle et uni à sa personne. Non, Gbagbo n`a pas perdu les élections. Il a seulement perdu la guerre contre la France, une guerre qui n`a jamais été ouvertement déclarée, une guerre lâche dans laquelle la France sous Sarkozy a démontré toute sa laideur sur la question du droit des peuples à s`autodéterminer. La conséquence de tout cela, c`est qu`Abidjan ayant (re) perdu son indépendance et sa souveraineté, titube dans les décisions à prendre.

Vous avez dit que vous croyez en la survie de votre régime. Mais plusieurs cadres de votre parti dont Mamadou Koulibaly ont fait allégeance. Ce qui fait dire que c’est fini pour le Fpi…
Ceux de nos camarades qui ont fait allégeance à Ouattara savent ce qu`ils font. Nous serons tous jugés par l`Histoire. Le peuple ivoirien est mature. Il sait discerner. Il sait que la vérité est de notre coté. Même ceux de nos frères qui ont soutenu honnêtement Ouattara commencent à déchanter face aux pillages, aux assassinats sommaires dont ils sont témoins au quotidien.

Que pensez-vous des menaces de Koulibaly à quitter le Fpi et créer son parti politique ?
L.K.K :C’est son droit et il ne sera pas le premier. Seulement s’il veut partir, il faut qu’il le fasse dans l’élégance et non donner l’impression qu’il a eu mission de mains noires pour « tuer » le Fpi. Il ne réussira pas. Il ne faut pas qu’il donne de lui, dans l’opinion, l’image d’un homme inconstant qui a abandonné ses camarades et surtout Gbagbo et Simone qui l’ont fait, dans les geôles de Ouattara dont il est devenu l’admirateur attitré. S’il part, il ne nous reste qu’à lui souhaiter bonne chance. En toute camaraderie.

Selon vous est-il possible pour les Ivoiriens de se réconcilier?
L.K.K : Vous avez dit réconciliation? Que signifie ce mot aujourd`hui? Réconciliation entre qui et qui? En tout cas, pas entre les Ivoiriens. Il n`y a jamais eu de problèmes entre les Ivoiriens. Même quand on a voulu les opposer de manière artificielle, les sentiments forts qui les unissent ont bravé toutes les adversités. Les Ivoiriens s`entendent bien entre eux. Mais s`il s`agit de réconcilier le peuple au nouveau pouvoir qui lui a été imposé alors qu`on le dise. Donc, j`attends de voir comment il va procéder pour se réconcilier avec les Ivoiriens encore traumatisés par toutes les pertes en biens matériels et en vies humaines de leurs proches à cause du pouvoir à conquérir.
Charles Konan Banny a été nommé à la tête de la commission Dialogue vérité et réconciliation. Quels commentaires ?
L.K.K : Laissons Charles Konan Banny là où il est. Il ne réconciliera personne. Il ne peut réussir une mission dans laquelle juge, il a pris déjà parti. Dans plusieurs déclarations, il a déjà condamné Gbagbo et ses partisans. De plus, tout le monde sait qu`on l`a nommé à ce poste juste pour l`éloigner de la Primature.

Que pensez-vous de la décision du président Ouattara de faire juger Gbagbo par la Cpi?
L.K.K : Ouattara ne fera jamais juger Gbagbo par la Cpi (Cour pénale internationale, Ndlr) parce que le faisant, il s`exposera lui-même à des poursuites internationales ainsi que tous ceux qui l`ont soutenu c`est-à-dire Bédié, Soro, Mabri, et autres. ainsi que tous les chefs de guerre. Envoyer Gbagbo devant la Cpi, c`est se faire hara-kiri.

Pourquoi ?
L.K.K : S`il accepte de faire juger Gbagbo par la Cpi, ce dernier poursuivra immanquablement Soro, ainsi que les chefs qui ont tué en son nom. Ouattara se gardera bien de présenter Gbagbo devant la Cpi. D’ailleurs, ces derniers temps, les Frci ne manquent pas de donner de la voix lorsqu’on évoque cette question ou lorsque les organisations humanitaires les épinglent.

Monsieur le ministre, vous êtes très dur dans vos propos. Ne craignez-vous pas pour votre retour en Côte d’Ivoire ? Comptez-vous rentrer au pays un jour ?
L.K.K : En quoi suis-je dur dans mes propos? Je ne fais que dépeindre la situation actuelle que tous les Ivoiriens vivent. Pour ma vie, il ne faut pas vous en faire. Il faut bien mourir un jour mais au moins pour une bonne cause. Moi, depuis 1990, je me bats auprès du Président Gbagbo pour qu`il y ait un nouvel ordre démocratique en Côte d`Ivoire. Cette démocratie doit s`enraciner pour le bonheur de notre peuple. Je me bats pour que les Ivoiriens soient respectés. C`est pourquoi il faut parler, il faut dénoncer, il ne faut pas se rendre complice de quelque manière que ce soit de ce qui se déroule sous nos yeux. Pour ce qui est de mon retour au pays, tout dépend de Dieu.

Source Soir Info

dimanche 19 juin 2011

Lettre ouverte de Bernard DOZA à Alassane Ouattara : « …Les FRCI sont devenues les marionnettes d’une vengeance programmée par des mains obscures… »

M. Bernard Doza décortique les actes de ouattara
Monsieur le Président,
Le journaliste d’investigation que je suis, a eu l’impression que

ces soldats d’une cause identitaire, étaient devenus dans la violence postélectorale, les marionnettes d’une vengeance programmée par des mains obscures…
Parce que le spectacle saisissant de la fin du règne-Gbagbo, s’organise devant des caméras de complaisance, comme si on voulait frapper l’imaginaire collectif du peuple africain par des images d’humiliation qui devaient nourrir un autre destin. Car elles ont été rapidement gravées, pour la postérité sur des disques, qui se vendent actuellement comme des petits pains dans les rues d’Abidjan.
A travers le véhicule permanent de ces images par les médias internationaux, on aperçoit, au-delà de la querelle sur la victoire du 28 novembre 2010, que c’est la Côte-d’Ivoire et l’Afrique noire qui sont moquées.

Car les diasporas noires des Etats Unis et d’Europe, qui vivent le racisme au quotidien dans les pays occidentaux, revoient en 2011(comme avec Patrice Lumumba dans les années 60) l’image du dirigeant nègre bafouée (par ses propres frères de race), parce que rebelle à l’ordre du grand maître blanc.
Le doute n’est pas permis, car tout cela se déroule au lendemain de l’injonction du président français, Nicolas Sarkozy qui affirmait : « Je donne jusqu’à dimanche (3 jours) à Gbagbo pour quitter le pouvoir ».
Dans ces conditions, comment doit-on rechercher et organiser la paix entre les différents peuples de Côte-d’Ivoire, au lendemain d’une pacification politico-militaire.
Une opération commanditée à travers l’ONU, par la France coloniale et exécutée de sang froid à Abidjan le 11 Avril 2011, par des troupes étrangères à notre pays, pour réinstaurer l’ordre ancien?

Monsieur le Président,
Si je prends ma plume, en ces temps de crises larvées, c’est parce que je ne suis pas sûr que vous êtes foncièrement contre le discours de l’indépendance politique et financière, prôné par les partisans de Laurent Gbagbo face à la France.
La France, du lobby colonial, qui entretien la pauvreté en Afrique noire en louant depuis 1853(à travers la « Banque du Sénégal », devenue les multinationales BCEAO et BEAC), le FCFA à 14 pays du continent, au profit du trésor français.

Sinon, comment allez-vous expliquer à la jeunesse ivoirienne, qui chôme depuis les années 80, avec des diplômes universitaires et obtenus dans des grandes écoles, pourquoi un pays gorgé de la richesse financière annuelle du Café-Cacao, du pétrole, de l’or, du caoutchouc et du Diamant, échoue-t-il dans la formation technologique des hommes pour le développement industriel, et quelles sont les véritables raisons du refus de la création d’emploi depuis 50 ans?
Car, avec ses 20 millions d’Habitants en 2011, la Côte-d’Ivoire, malgré sa grande richesse en matières premières, l’office de la main-d’œuvre de notre pays, ne comptabilise toujours pas un million de travailleurs ayant un bulletin de salaire mensuel.

Monsieur le président,
Nous, militants ivoiriens, connus pour avoir sacrifiés notre carrière politique et sociale hors de notre pays, dans le combat de l’indépendance anticoloniale et de la démocratie véritable, nous le savons.
La Côte-d’Ivoire a été transformée en carte postale des intérêts français, dans la sous-région africaine, dès le mois de juin 1950, lorsque Félix Houphouët a été soumis dans la violence coloniale par le gouverneur Péchoux.
Et depuis, malgré l’indépendance politique du 07 août 1960 et l’endettement monstrueux de notre pays envers les institutions financières internationales (que je vous vois reprendre allègrement dès la fin de la crise postélectorale), aucun dirigeant de notre pays n’a pu aider le petit peuple ivoirien, à sortir de la grande pauvreté.
Chaque tentative de sortie de la politique néocoloniale osée par des dirigeants de notre pays, est perçue à Paris comme une faute politique par le négoce français et sanctionnée à Abidjan par un coup d’état.

Depuis les années 80, les exemples foisonnent.
En 1985, Félix Houphouët vit ces derniers moments au pouvoir. Dans une dérive contre l’impérialisme français, il tente de relancer la machine de la contestation anticoloniale contre les prix des matières premières.
Parce qu’il ne supporte plus les prix d’achats aux rabais du Cacao-Café qui sont fixés par les multinationales occidentales sur le dos des pauvres paysans ivoiriens, Houphouët-Boigny décide de stocker sa production.
Le lobby du négoce français se réunit et décide de mettre au pouvoir à Abidjan, un militaire connu des services secrets.
C’est ainsi qu’apparait pour la première fois dans les rédactions à Paris, le nom de Robert Guéï, colonel des pompiers et ancien de St Cyr, officiant à Korhogo.
Face à la détermination du lobby, Félix Houphouët fut obligé de céder en demandant à la France de le laisser « finir son pouvoir en beauté ».
En juillet 1986, au Figaro Magazine, il déclare : « Si nous refusons de vendre nos matières premières, les blancs nous tuerons tous. Parce que nous avons l’indépendance politique, mais nous n’avons jamais eu l’indépendance économique.»

Le président ivoirien fut donc contraint de nommer Robert Guéï, Général et chef d’état-major de l’armée ivoirienne en 1990.
A la mort de Félix Houphouët-Boigny en 1993, la question de l’indépendance économique, demeure dans l’inconscient de la petite bourgeoisie du PDCI.
En décembre 1993, (avec l’appui du président François Mitterrand) Henri Konan Bédié accède à la magistrature suprême.
Président de la République, il teste sa marge de manœuvre. Il veut bâtir ses grands travaux (Eléphants d’Afrique). Henri Konan Bédié a donc besoin de beaucoup d’argent. Alors sans avertir Paris, le président ivoirien se désengage du pacte colonial de juin 1950.
Rapidement, il signe contrat avec des multinationales américaines : Cargill et Daniel Archer Midland pour le retraitement du café et la transformation locale du Cacao.
Une Usine de transformation locale du Cacao en poudre est même construite à Yopougon, avec Daniel Usher, le fils de l’ancien ministre des affaires étrangères de Félix Houphouët comme Directeur général.

Mal lui en pris.
En début décembre 1999, la France profitant de la polémique politique sur l’ivoirité, agit en secret.
Le général Robert Guéï est convoqué à Paris (15 jours avant le coup d’état du 24 décembre 1999) par le lobby du négoce (la Françafrique).
Auditionné par la DGSE et le patronat français, il revient à Abidjan le 17 décembre avec le Général Jeannou Lacaze dans l’avion.
L’ancien chef d’état-major de l’armée française devenu conseil de la DGSE, dirige l’opération de la prise de pouvoir par le général Robert Guéï.
Les deux généraux se réfugient d’abord à Gouessesso (village du général Guéï). Le prétexte officiel du déplacement en Côte-d’Ivoire parle d’une fête organisée pour la célébration des anciens de St-Cyr.
Henri Konan Bédié qui monte le 22 décembre 1999 à l’assemblée nationale pour un discours anticolonial diffusé par la télévision, ne prend pas de gants :
« Nos ainés n’ont pas lutté pour l’indépendance pour que nous acceptions aujourd’hui de nouvelles soumissions. La nationalité, la citoyenneté, la démocratie et la souveraineté nationale sont les quatre côtés d’un carré magique qu’il nous faut défendre avec calme et détermination devant ces ingérences étrangères inacceptables.
C’est aux ivoiriens de décider par eux-mêmes, pour eux-mêmes, et de choisir librement l’un d’entre eux pour conduire le destin de la nation en refusant les aventures hasardeuses et l’imposture insupportable.»
La revendication salariale des jeunes soldats venus d’une mission de l’ONU en Centrafrique, sera l’occasion du coup d’état qui emporte le pouvoir du président Bédié.
Robert Guéï prend le pouvoir avec Jeannou Lacaze comme conseiller occulte, pour veiller sur l’orientation politique du nouveau pouvoir d’Abidjan.
Les rentrées d’argents dans les caisses de l’état lui paraissent obscures, alors le général Guéï nomme provisoirement des officiers aux structures financières les plus sensibles, comme le port, les douanes, la loterie Nationale…
Et il s’aperçoit que par jour, les caisses de la Côte-d’Ivoire officielle perçoivent beaucoup d’argent.
Le port d’Abidjan faisait à l’époque trois milliards de franc CFA de recette par jour (Aujourd’hui 10 milliards). La douane encaissait plus de deux milliards CFA par jour (Aujourd’hui 7 milliards)…
Alors, il commet une faute.
Car naïvement, il pense qu’avec autant d’argent, la Côte-d’Ivoire n’a pas à emprunter et encore moins, à devoir de l’argent aux pays occidentaux.
Il décide donc de rembourser surtout l’Union Européenne, dont la presse ne cesse de réclamer la somme de 18 milliards de FCFA, qui auraient été détournés par le gouvernement du président Bédié.
Et le général Robert Guéï organise le paiement des 18 milliards de FCFA à la banque de l’Union Européenne.
L’opération se fait en cash, déposé par un officier de la marine (expédié à Genève, par avion spécial) pour faire la commission.
L’acte posé, considéré comme politique, a vivement mécontenté le lobby colonial à Paris. Ordre est donc donné de remplacer le général Robert Guéï dans l’exercice du pouvoir de Côte-d’Ivoire.
A Abidjan, l’ambassadeur de France, Mr Francis Lott, est chargé du dossier par la cellule africaine de l’Elysée.
Mais il faut trouver un nouveau candidat pour défendre ses intérêts en Côte-d’Ivoire, et la France n’a visiblement personne sur le terrain, en dehors de gradés militaires, que personne ne veux à Paris.
A défaut d’un candidat de confiance (dans l’armée et la droite ivoirienne), le parti socialiste français cautionne la candidature de Laurent Gbagbo auprès du lobby colonial.
Mais une fois au pouvoir en octobre 2000, le président ivoirien change de ton et revendique sa victoire personnelle et son pouvoir dans le sacrifice des militants FPI (300 morts-entre le 22 et le 26 octobre2000-) face à la garde présidentielle du général Robert Guéï.

La France qui n’apprécie pas la volte-face inattendue du nouveau président ivoirien attend son heure...
L’erreur fatale de Laurent Gbagbo a été de refuser rapidement, dès le début de son pouvoir, le diktat des intérêts français au mois de novembre 2000.
Et pire, d’avoir repris à son compte, la question de l’autonomie politique et financière contre les intérêts français, engagée par le président Bédié, avec les multinationales américaines : Cargill et Daniel Archer Midland.
Et surtout d’avoir octroyé le marché du troisième pont ivoirien aux chinois, avec qui, le projet coutait moins cher que celui du français Bouygues.
Les événements de la rébellion militaire de 2002, qui aggravent la déchirure interne, à cause de la politique de l’ivoirité qui prône le refus de la candidature-Ouattara, devient une aubaine politique pour la France dont le lobby colonial combat désormais Laurent Gbagbo.
Alors rapidement, la rébellion du nord est prise par la cellule africaine de l’Elysée à paris, comme un problème ivoiro-ivoirien. Donc suivi du refus de l’armée française de désarmer les rebelles.
Le message du lobby colonial est clair :
« Laurent Gbagbo ne veux pas gérer les intérêts de la France en Côte-d’Ivoire, alors la France ne peut pas protéger son pouvoir en désarmant les rebelles du nord ». La suite on la connait…

Monsieur le président,
Aujourd’hui, la question est simple.
Peut-on encore en 2011, continuer à gérer la Côte-d’Ivoire, sans aborder dans les faits, le problème de l’indépendance économique ?
Lorsqu’en 50 années de gestion du pouvoir ivoirien, aucun gouvernement n’a jamais eu les moyens véritables pour œuvrer localement vers les 90% du taux de scolarisation, encore moins les 70% d’autosuffisance alimentaire.
Et qu’à la fin 2010 encore, moins de 50% d’ivoiriens n’ont pas deux repas par jour par manque d’un véritable travail salarié. Dans un pays où aucun pouvoir ne s’est jamais plus soucié du SMIG ivoirien, bloqué à 35.000CFA, depuis la crise de 1983.
Un pays, où on ne parle même plus de la privatisation des soins hospitaliers décidée en 1983(sur ordre de Félix Houphouët), par le ministre des finances, Mr Abdoulaye Koné, mesures qui endeuillent encore et toujours le petit peuple.

Pendant ce temps, dans le secteur du monde du Café-Cacao, c’est encore l’esclavage organisé par les gros planteurs.
La grande bourgeoisie agraire de la Côte-d’Ivoire, premier producteur mondial du Cacao avec plus 600.000 plantations, ne veux pas céder à la modernisation.
Le patronat de ce secteur productif, adulé par tous les gouvernements ivoiriens, ne délivre toujours pas de bulletins de salaires sérieux.
Parce qu’il refuse, de relever au SMIIG, le salaire de base des ouvriers agricoles, qui continuent d’être payés à 7.500CFA par mois (en raison de 250CFA, par jour de travail).
Un ensemble de dossiers sensibles que le PDCI a crée dans la gestion de notre pays pendant 40 ans, et qui devaient être abordés par le pouvoir socialiste de Laurent Gbagbo, s’il n’avait pas été kidnappé dans la stratégie pour la conservation du pouvoir politique.

Excellence,
Le journaliste parisien que je suis, est très inquiet de constater aujourd’hui dans mon pays, la nostalgie du parti unique.
Et ceci, malgré les batailles pour les libertés de la parole politique syndicale et de la presse indépendante du pouvoir, que nous avons menées sur le front extérieur et intérieur, depuis 1980.
Chose impensable, en Mai 2011, il s’est trouvé en Côte-d’Ivoire, des voies de droite pour dénoncer le FPI comme un parti nazi et demander sa dissolution.
A ceux-là, je réponds clairement : Pour avoir lutté seul, depuis les années 80, contre le monopole du parti unique, le FPI de Laurent Gbagbo (que je connais bien) représente en Côte-d’Ivoire et en Afrique noire, une grande dimension dans le combat de la démocratie, pour l’émancipation des peuples ivoiriens.
C’est un parti de la gauche démocratique, qui a suscité l’espoir contre la dictature du parti unique, en écrivant en 1985 en France un livre programme intitulé : « 150 propositions pour gouverner la Côte-d’Ivoire », publié aux éditions l’Harmattan.

A l’orée de la gestion du pouvoir politique, la direction du FPI a été phagocytée et manipulée par des hommes et des femmes, venus, de l’extrême droite du PDCI ; ce sont des néo-démocrates auteurs de la philosophie de l’exclusion.
Ils ont empoisonnés la classe politique au lendemain de la chute du président Bédié, en créant le front patriotique avec des partis politiques.
Dès l’an 2000, ils sont entrés au palais présidentiel avec pour mission de faire échouer Laurent Gbagbo dans l’exercice du pouvoir vers l’instauration de la social-démocratie.
C’étaient des politiciens en mission, qui ont pensé et convaincu la direction du parti et le président Gbagbo, à tort, que le seul discours qui pouvait rassembler le peuple ivoirien, au-delà de la frontière ethnique et idéologique, c’est celui de l’exclusion, donc du combat contre le « candidat étranger » qui deviendra le « candidat de l’étranger », pendant la campagne électorale de novembre 2010.

Monsieur, le Président,
J’ai été étonné de voir à Abidjan, la démolition collective de symboles fétichistes, qui auraient été érigés par le régime de Laurent Gbagbo, donc dénoncés dans le nettoyage post-crise, par des personnalités à travers les médias.
C’est le journal -Nord Sud (du 18 avril 2011), qui parle pour le roi des akouès : Nana Augustin Boigny Ndri III sur un « fétiche de Laurent Gbagbo ».
Ce fétiche découvert au palais présidentiel de Yamoussoukro, qui avait été enterré, pour pérenniser le pouvoir de l’ancien chef de l’Etat, aurait précipité la chute de Gbagbo, deux jours après sa découverte...

Le journal : l’Inter (du 21 avril 2011), évoque la « destruction des monuments, de la Sorbonne…(…)
Et écrit : « A en croire le capitaine Allah Kouakou Léon (le porte-parole du ministre de la défense), on aurait découvert sous les édifices: La cascade des carrefours Akwaba à Port-Bouët, la statut de la liberté à Yopougon siporex, la statut du rond-point d’Angré Djibi, des choses peu catholiques. »

Ma surprise est très grande, car depuis les années 60 aucune personnalité politique de notre pays, n’a jamais soulevé la question ésotérique des monuments, qui ornent la capitale économique et politique, et expliquer leurs fondements pour que les ivoiriens comprennent le sens mystique de la grande bataille du pouvoir, qui déchire les acteurs ivoiriens de l’après Houphouët.
En Côte-d’Ivoire sévit un groupe politico-ethnique: le Baoulé akoué, choisit depuis 1909 par les colons français pour diriger nôtre pays.
En effet, dans son livre : « Les 60 langues parlées à la Côte-d’Ivoire », publié en 1905 à Paris, Maurice Délafosse (qui devient le conseiller politique de Félix Houphouët, en 1925, dès la mort de Kouassi N’go, roi des baoulé-akouès) écrit ceci :
« En Côte-d’Ivoire, il faut veiller à ce que le pouvoir politique ne soit jamais aux mains des bétés, des agnis et des dioulas, qui sont des peuplades incontrôlables. Il doit revenir aux baoulés, peuple jovial et parce que ethnie du centre, il concourt à la fédération des peuples ivoiriens ».
En 1932, le gouverneur Clozel soutien et reprend à son compte, les écrits de Maurice Délafosse dans ses rapports au ministère des colonies.
Depuis, le baoulé- akoué est devenu un clan pouvoir.
En 1935, sur le conseil de Maurice Délafosse, Houphouët crée : « l’association des originaires de Côte-d’Ivoire » composée essentiellement de jeunes Akan.

Pour fortifier le pouvoir ethnique déjà, dès 1959, à été construit par la France, à la place du palais des gouverneurs à Abidjan, le palais présidentiel de Côte-d’Ivoire.
L’architecture du palais est moulée dans le symbole du Sikadjué Koffi, c’est le siège royal, symbole du pouvoir des Ashanti.
A la place de la république, à Abidjan-plateau, se dresse encore aujourd’hui un monument construit à la mémoire de la reine Pokou.
Ce monument entretient, au sous-sol, un grand fétiche-Ashanti qui garantit mystiquement le pouvoir de la Côte-d’Ivoire aux baoulé-akouè.
Ainsi, sans référendum, sur le legs politique et culturel des peuples de Côte-d’Ivoire, la Reine Pokou a été érigée en « reine-mère », dans la République pluriethnique de notre pays, dès les indépendances.

En 1960, le baoulé-Akouè devient un groupe politico-mystique, qui forme une caste de conspiration pour la conservation du pouvoir politique ivoirien. Le pouvoir de la Côte-d’Ivoire est devenu pour eux le : Liké (qui signifie notre chose).
C’est logé dans cette démarche mystique qu’on voit à chaque bouleversement de l’espace politique, des délégués de ce clan qui se relaient pour faire échouer chaque locataire du palais présidentiel, considéré comme un patrimoine de la tribu.
C’est ce clan et ses affidés (auteur du TSO- le tout sauf Ouattara- en 1991) qui ont écrit et promulgué en 1995, sans référendum, la loi sur l’ivoirité qui a endeuillé de 1995 à 2011 la Côte-d’Ivoire.
Ce clan et ses membres sont connus, ils doivent être jugés au nom de la démocratie, en dehors des accords politiciens.
Parce que la démocratie, c’est la liberté de chaque citoyen à accéder et exercer le pouvoir politique de son pays, sans entraves et préjugés.

Mais avec le retour triomphant du tribalisme aux élections de 2010, signifiant ainsi l’échec dans notre pays de la démocratie (qui privilégie la compétence du citoyen), la Côte-d’Ivoire, pour éviter l’implosion, devrait tendre vers « La confédération », avec des présidents de régions autonomes, qui mettront en place un exécutif fédéral, tournant (tous les cinq ans), par un vote de grands électeurs.
BERNARD DOZA
Journaliste-politique, écrivain.
Auteur de liberté Confisquée II (Le temps de la Révolution Africaine).

jeudi 16 juin 2011

En résidence surveillée dans le Nord. Odienné : Comment va Simone Gbagbo ?

Mme Simone Ehivet Gbagbo
Mme Simone Ehivet Gbagbo, Première Dame de Côte d’Ivoire, a été arrêtée en compagnie de son époux, le président Laurent Gbagbo, renversé le 11 avril 2011 par les forces spéciales françaises et l’armée « impartiale» de l’ONU en Côte d’Ivoire. Conduit de sa résidence de Cocody au Golf Hôtel d’Abidjan, dans le même quartier, le couple présidentiel a été séparé. Laurent Gbagbo a été transféré en résidence surveillée au Nord, à Korhogo, le 13 avril. Simone Gbagbo a été, quant à elle, envoyée à Odienné, au Nord-ouest, le 23 avril. Comment va aujourd’hui Simone Gbagbo ? Tentative de réponse.

    Le procureur de la République près le Tribunal de première instance d`Abidjan-Plateau a déclaré avoir entendu, le dimanche 8 mai et pour la première fois, dans le cadre d`une enquête préliminaire, Mme Simone Ehivet Gbagbo, l`épouse du président renversé, Laurent Gbagbo. L’audition s’est déroulée à Odienné, dans le nord-ouest de la Côte d`Ivoire, où elle est assignée à résidence. Comme pour le président Gbagbo, entendu la veille samedi 7 mai à Korhogo (nord) où il se trouve lui aussi en résidence surveillée, Mme Gbagbo a été auditionnée sans la présence d’avocats. Le nouveau procureur de la République a donné ces informations par téléphone à l’Agence France Presse. M. Simplice Koffi Kouadio concourait ainsi à rassurer les uns et les autres sur l’état de santé de l’épouse du Président renversé. Il aura d’ailleurs permis à la Première Dame enfermée de démentir toutes les rumeurs, fausses, sur son traitement à Odienné. « Simone va bien. Elle est sereine et a conservé, elle aussi, sa bonne humeur, sa lucidité et la solennité dans ses propos», nous a rapporté bien plus tard, un des avocats qui a été autorisé à la rencontrer après plusieurs tentatives rejetées par le nouveau pouvoir d’Abidjan. Mais, le procureur de la République était la deuxième personnalité à donner officiellement des nouvelles de la Première Dame en résidence surveillée.
    Mme Gbagbo a été arrêtée en même temps que son époux, Laurent Gbagbo renversé le 11 avril 2011 par les forces spéciales françaises appuyées par les forces onusiennes. Transférée du Golf Hôtel, QG du nouveau président où elle a été conduite en compagnie du président Gbagbo et de 106 autres personnes, la présidente du Groupe parlementaire du Front populaire ivoirien (FPI), a été isolée, à partir du 22 avril, à Odienné. Lors d’une cérémonie publique dans sa ville, le maire d’Odienné, Diakité Koty Souleymane, actuel ministre de la Communication d’Alassane Ouattara, a livré cette information à ses administrés. Mais il a souligné que Mme Gbagbo est «interdite de visite», tout en précisant qu’elle «se portait bien». Peu importe, l’information essentielle se trouvait là. Car, de Mme Simone Ehivet Gbagbo, le monde entier a retenu l’image de la suppliciée que ses tortionnaires et leurs supporters battaient sauvagement, de son arrestation à la résidence présidentielle jusqu’à la suite du Golf Hôtel où son époux et elle ont été accueillis, ce tragique lundi 11 avril 2011. A la vue de ces images atroces que beaucoup de personnes n’ont pu soutenir, l’opinion s’était convaincue que Mme Gbagbo pouvait subir le pire. Mais, le 23 avril, dans leurs différentes livraisons, les journaux pro-Ouattara, les seuls à pouvoir paraître depuis le 15, ont donné l’information de son transfert pour une résidence surveillée à Odienné. Au moins, l’on pouvait comprendre qu’elle était encore en vie. M. Alassane Ouattara, bénéficiaire du coup d’Etat franco-onusien du 11 avril 2011,  pouvait plus tard expliquer aux médias que la Première Dame enlevée et sévèrement torturée auprès de son époux de président a été retirée du Golf Hôtel pour Odienné afin d’échapper à la mise à mort par ses partisans. 
    A Odienné, Mme Simone Ehivet Gbagbo ne se plaint pas de son sort. Ses conditions d’isolement seraient très dures mais cette dame pieuse s’en est remise au Tout Puissant. D’ailleurs, dès son arrivée à Odienné, selon les révélations d’Alassane Ouattara lui-même, Mme Gbagbo n’a réclamé que deux choses : la Sainte Bible et une paire de lunettes de lecture. Bien que député et présidente d’un groupe parlementaire, Mme Gbagbo savait, apparemment, qu’elle ne pouvait compter sur une immunité parlementaire déjà violée lors de son arrestation. Elle ne pouvait non plus se réjouir d’avoir pour hôte Souleymane Diakité Koty, maire d’Odienné,  un de ses anciens étudiants à la Faculté des Lettres de l’Université d’Abidjan. Elle partait boire le calice jusqu’à la lie et elle semblait moralement préparée à cela, ses tortures physiques lors de son arrestation pouvant être comme une séance de mise en condition.
    Les conditions d’isolement de Simone Ehivet Gbagbo sont qualifiées de « sévèrement strictes » par nos sources. Il semble que Mme la Première Dame enfermée, interdit à ses rares visiteurs de parler de tortures morales la concernant. Ses consignes «de silence» sur ses conditions de vie ont dû être à la base des rumeurs qui ont couru sur son compte, laissant croire que Mme Gbagbo faisait l’objet d’un traitement humiliant à Odienné. A l’arrivée, cette information était heureusement fausse, tout comme celle relative à des actes bassement dégradants qu’elle n’a jamais subis, en dehors des coups et agressions qui lui ont été infligés, lors de son arrestation à la résidence présidentielle à Cocody. Selon les avocats qui l’ont récemment rencontrée, Mme Simone Ehivet Gbagbo est en « bonne forme et sereine ». «Elle va même très bien, elle a le moral au beau fixe et ne se plaint de rien».
    Pour les hagiographes d’Alassane Ouattara, Simone Gbagbo est punie parce qu’elle était «l’une des intransigeantes du FPI qui a convaincu l’ex-opposant historique à Houphouët-Boigny, Laurent Gbagbo,  d’engager un bras de fer avec la communauté internationale qui l’a enjoint de céder le pouvoir au président élu, Alassane Ouattara ». Cela a été écrit dans les journaux pro-Ouattara. Une telle perception du rôle de l’épouse du président Gbagbo peut expliquer en partie toutes les agressions physiques et tentatives de meurtre que la Première Dame a subies lors de son arrestation. Fort heureusement, en la séparant de son époux, les nouvelles autorités et leurs parrains, même s’ils souhaitaient ainsi « les briser » (le terme vient de Marie-Antoinette Singleton, leur fille qui vit aux Etats-Unis), démontrent que Simone Gbagbo est plutôt réprimée en raison de ses activités politiques et non en tant qu’épouse du président renversé. On ne les aurait pas séparés dans le second cas.
  Source Notre Voie

Audition du président renversé à Korhogo Ce que Gbagbo a dit au procureur

Le procureur Smplice Koffi Kouadio en compagnie de Fofié Kouakou, cdt de Korhogo
Renversé le 11 avril 2011, arrêté et conduit de sa résidence au Golf Hôtel d’Abidjan, le président Laurent Gbagbo a été transféré et vit en résidence surveillée à Korhogo depuis le 13 avril. Dans cette ville, il a reçu par deux fois le nouveau procureur de la République, Simplice Koffi Kouadio. L’audition que l’inquisiteur de l’Etat a entamée a permis au chef de l’Etat vaincu par les armées française et onusienne de dire quelques vérités crues, dans le style qu’on lui connait.
On en sait désormais un peu plus, depuis fin mai 2011, sur les griefs du nouveau chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara, et de ses parrains françafricains contre le président militairement renversé le 11 avril. L’essentiel de la teneur des premiers chefs d’accusation contre le président déchu a été, selon nos sources, assez claire au bout des deux rencontres consacrées à ce que la nébuleuse communauté internationale et ses amis ont qualifié «d’audition» du président Laurent Gbagbo.
    Le nouveau procureur de la République, Simplice Koffi  Kouadio, aurait craché le morceau, sous l’effet d’une colère mal contenue. « …Monsieur Laurent Gbagbo, suite au deuxième tour de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010, la Commission électorale indépendante (CEI) a proclamé les résultats provisoires donnant gagnant le candidat Alassane Ouattara. Ces résultats ont été certifiés par le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Côte d’Ivoire. Ils ont été reconnus par la CEDEAO, l’Union africaine, la France, les Etats-Unis et par l’ONU. Pourquoi avez-vous refusé de reconnaître ces résultats ? Pourquoi vous êtes-vous accroché à ceux prononcés en votre faveur par le Conseil constitutionnel ? ». Telle serait, pour l’essentiel, la trame des délits reprochés au président Gbagbo et qui lui valent sa détention en résidence surveillée à Korhogo, chef lieu de la région des Savanes, fief d’Alassane Ouattara, à 700 km d’Abidjan  dans le Nord de la Côte d’Ivoire. Tel pourrait être aussi le justificatif de la guerre faite par la France et l’ONU à l’Etat souverain de Côte d’Ivoire, membre de l’organisation planétaire. De toute évidence, il se met en place une « justice des vainqueurs » de la guerre contre le régime Gbagbo. Cette justice sélective considère que les violences meurtrières en Côte d’Ivoire datent uniquement du refus du chef de l’Etat renversé d’accepter le «résultat» provisoire de la présidentielle.
   Toujours selon nos sources, à cette question posée par le procureur de la République, Simplice Koffi Kouadio, le président Gbagbo, à son aise, a entamé ses propos par un préalable : «Monsieur le procureur de la République, je voudrais tout d’abord vous faire remarquer que la question que vous posez est liée à la gestion des affaires de l’Etat par le président de la République, chef de l’Etat que j’étais. Du 26 octobre 2000 au 11 avril 2011, j’étais bien le chef de l’Etat de Côte d’Ivoire, puisqu’aucun autre président n’avait encore prêté serment. Alors, en tant que chef de l’Etat sur la période que vous évoquez, la Constitution ivoirienne vous met dans l’incapacité absolue de m’auditionner. Seule, la Haute Cour de justice est habilitée à le faire… ».
    Les débats ainsi ramenés au bon droit dans la République, le président Gbagbo, selon nos sources, aurait déclaré que l’audition pouvait être bloquée à ce stade de l’incapacité constitutionnelle du procureur de la République à poursuivre sa mission. Mais le président renversé a jugé nécessaire de s’entretenir sur ce sujet précis avec l’inquisiteur de l’Etat. Après tout, expliquent nos sources, Simplice Koffi Kouadio n’est-il pas un Ivoirien qui a besoin de connaître, même pour sa propre information, le point de vue du président Gbagbo sur les évènements qui ont eu cours du dimanche 28 novembre 2010 au lundi 11 avril 2011 ? L’audition était déjà terminée, bloquée par la Constitution, mais la «causerie» pouvait être ouverte : «Voyez-vous, Monsieur le procureur de la République, aurait dit en substance le président Gbagbo, j’ai été arrêté le 11 avril non pas parce que j’ai perdu les élections et que je refusais de le
reconnaître, mais parce que j’ai perdu la guerre contre la France. Or, cette guerre, la France nous l’a faite sans avoir eu l’honnêteté de la déclarer officiellement à mon pays, comme le prévoient les conventions et lois internationales ». Le chemin vers la compréhension des évènements venait d’être dégagé. Le président Gbagbo pouvait alors informer son interlocuteur sur les incohérences de la Communauté internationale qui ont abouti au coup d’Etat du 11 avril : «Oui, le 28 novembre 2010, il y a eu le deuxième tour de la présidentielle. La CEI a été incapable de proclamer les résultats provisoires et je ne reconnais pas les « résultats » certifiés et soutenus par la Communauté internationale. Mon adversaire s’accroche à cela et dit qu’il a gagné. Moi, je me fie au Conseil constitutionnel, le juge suprême des élections qui dit que j’ai gagné. Cela entraine un conflit électoral comme il en existe partout dans le monde. Pour éviter que ce conflit électoral débouche sur la guerre civile, je réclame le recomptage des voix pour rétablir la vérité des urnes. Cela a été fait en Haïti juste avant notre élection à nous. Or, en Côte d’Ivoire, on a refusé le recomptage des voix pour préférer la guerre. Qu’est-ce que l’on a voulu nous cacher ? En tout cas, moi, je continue de dire que j’ai gagné l’élection présidentielle du 28 novembre 2010, mais nous avons été vaincus par l’armée française ».
  Tel aurait été l’essentiel des échanges entre le président Gbagbo et le procureur de la République, Simplice Koffi Kouadio. Et depuis cette «audition», les avocats du président renversé s’organisent pour un procès qu’ils essaieront d’extraire du chemin des mensonges, des dissimulations et des non-dits pour qu’éclate les vérités, toutes les vérités sur ce simple conflit électoral que l’on a transformé en guerre planétaire en Côte d’Ivoire. Avec « 3.000 morts ! », selon le nouveau chef de l’Etat, le grand bénéficiaire.

Source Notre Voie

mercredi 15 juin 2011

En residence surveillée à Korhogo: Voici les nouvelles deGbagbo

Gbagbo à sa résidence surveillée de Korhogo
Renversé le 11 avril 2011, arrêté et conduit de sa résidence au Golf Hôtel d’Abidjan, QG de son adversaire à la présidentielle, le président Laurent Gbagbo a été transféré et vit en résidence surveillée à Korhogo depuis le 13 avril. Mais comment vit-il à Korhogo ? Comment y est-il traité ? Pour d’innombrables Ivoiriens et démocrates panafricanistes qui s’inquiètent, à raison, de son sort, nous livrons quelques informations dignes d’intérêt et susceptibles d’apporter un début de réponse aux interrogations.


Le président renversé, Laurent Gbagbo, a pris deux importantes décisions, le mardi 26 mai 2011. Depuis sa résidence surveillée de Korhogo (chef-lieu de la région des Savanes, fief du nouveau chef de l’Etat Alassane Ouattara, 700 km d’Abidjan au Nord de la Côte d’Ivoire), l’homme qui a dirigé le pays d’octobre 2000 à avril 2011 a procédé à deux nominations. La première concerne maître Géraldine Odéhouri. Cette avocate est reconduite et confirmée dans son rôle de Conseil juridique. Elle a été officiellement portée au devant l’actualité lorsqu’elle encadrait les activités juridiques de La Majorité présidentielle (LMP), la coalition de la dizaine de partis politiques et de groupements associatifs qui a soutenu la candidature de Laurent Gbagbo à la présidentielle de 2010. En réalité, elle a toujours été le Conseil juridique du président ivoirien. Le 26 mai donc, le chef de l’Etat renversé lui a renouvelé officiellement sa confiance. Désormais, c’est Me Géraldine Odéhouri qui organisera le collectif de tous les avocats qui, volontairement, à travers le monde entier, manifestent leurs intentions et leur impatience d’être cooptés et autorisés à défendre le président militairement vaincu par le gouvernement français en Côte d’Ivoire.
Cette « nomination » a le mérite de soulager la famille biologique du président Gbagbo, à commencer par Mme Marie-Antoinette Singleton, sa fille qui vit aux Etats-Unis. Cette dame a été contrainte à se débattre comme un beau diable, face à la barbarie canonnière qui a entrainé le renversement du pouvoir ivoirien et l’entrée en clandestinité du FPI, pour trouver un collectif d’avocats pour son père arrêté et menacé de jugement. La décision du président Gbagbo de confier l’organisation de la défense de ses droits à Géraldine Odéhouri est de nature à clarifier les choses et à mettre à leur aise les militants du Front populaire ivoirien (FPI, le parti qu’il a fondé dans la clandestinité en 1982). Elle est susceptible de rassurer tous les Ivoiriens, les démocrates et les panafricanistes. Tous commençaient à s’interroger sur la qualité de l’organisation de la défense du président déchu, surtout que des rumeurs de conflits entre collectifs ou organisateurs de collectifs d’avocats chargés de sa défense se faisaient jour dans l’hexagone. Tous s’inquiétaient. Laurent Gbagbo a dirigé avec dignité et droiture, pendant dix ans, la Côte d’Ivoire coupée en deux par une rébellion adoubée par le gouvernement français pour l’empêcher de travailler. Or, voilà qu’un tel président, une fois renversé, ne semblait trouver de recours que dans sa propre famille biologique. « Non, cela doit changer. Mme Singleton doit être louée pour sa détermination, mais Gbagbo n’appartient plus à sa famille biologique. Il appartient à toute la Côte d’Ivoire, à toute l’Afrique et au monde entier. Il appartient donc au monde entier d’être au devant de sa défense contre l’Occident… ». Même coupé de toute relation avec ses partisans et défenseurs, depuis sa détention qui ne dit pas son nom à Korhogo, le président Gbagbo semble avoir détecté les plaintes de ses partisans avec lesquels la complicité semble intacte. Il a désigné son Conseil juridique, Géraldine Odéhouri, pour remettre tout à plat.
La seconde nomination concerne M. Justin Koné Katina. Son ministre du budget jusqu’au 11 avril, Koné Katina est depuis le 26 mai désigné comme le porte-parole officiel du président Laurent Gbagbo. L’homme est hors de la Côte d’Ivoire depuis la chute du chef de l’Etat ivoirien, mais il semble que de son exil forcé, il a déjà posé des actes discrets mais efficaces que le président Gbagbo aurait hautement appréciés. Désormais, Koné Katina portera sa parole. Dans ses nouvelles charges, ce natif de Katiola (45 km au Nord de Bouaké, centre du pays) se serait entouré d’autres compétences. C’est en tout cas le cas de Bernard Houdin qui a signé, au nom du nouveau porte-parole, la première déclaration du président Gbagbo le 30 mai 2011 (« Gbagbo parle aux Ivoiriens », Notre Voie 3852 du 1er juin 2011, page 2). Ce Conseiller français du président ivoirien renversé est l’un des rares « Blancs » qui savent lire dans les pensées de Laurent Gbagbo.

« Laissez ça, je suis bien là où je suis ! »

Le président ivoirien vit en résidence surveillée à Korhogo. Sa détention, selon les informations qui nous parviennent, ressemble plutôt à un isolement digne de l’époque d’avant la « glassnot » en URSS. Le président renversé serait coupé de tout. Il n’a pour seul compagnon que Docteur Christophe Blé, son médecin personnel depuis 1990. Depuis le 13 avril et ce, jusqu’à une date récente, il n’aurait reçu que trois coups de fil, l’un de son épouse Simone Gbagbo, l’autre de sa fille Marie-Antoinette Singleton qui vit aux Etats-Unis ; et le dernier appel téléphonique a été celui de…Alassane Ouattara. Le bénéficiaire du coup d’Etat français du 11 avril a appelé le président renversé pour lui annoncer l’arrivée à Korhogo des Elders, Koffi Annan, Desmond Tutu et Mary Robinson (voir « ce que Gbagbo a dit à Annan ») pour le rencontrer.
Laurent Gbagbo n’aurait même pas accès aux informations de son pays. Les journaux édités en Côte d’Ivoire lui seraient interdits. C’est à l’occasion des rares visites qui lui ont été autorisées qu’il a pu voir la couleur et des titres de certains journaux. On raconte que, récemment, un de ses avocats est allé le rencontrer avec un numéro du journal Notre Voie en main. « Quoi, ce journal est sur le marché ? » aurait demandé le président Gbagbo déjà informé que le siège du quotidien dont il est l’inspirateur est devenu un camp militaire depuis sa chute et que tout le matériel de travail y a été pillé, cassé, volé ou incendié. « Comment font-ils pour paraitre ? ». L’homme aurait posé la dernière question sans vraiment y attendre de réponse.
Malgré ces conditions de détention draconiennes, « le président Gbagbo conserve son humour et sa bonne humeur. Il n’est nullement stressé. Il est en bonne forme et serein. En fait, il donne l’impression qu’il savait que ses adversaires ne peuvent avoir aucun sentiment, aucune humanité pour lui. Il semble plutôt préparé à endurer tout ce qui lui est infligé », nous a rapporté un des avocats qui a eu accès à lui. Pourtant, le nouveau pouvoir avait fait courir, à travers ses journaux, les rumeurs selon lesquels le président serait déprimé et aurait tenté de mettre fin à sa vie. « Ecoutez, peut-être que ceux qui ont renversé Laurent Gbagbo ont nourri l’ambition de l’assassiner et cela peut expliquer ce banc d’essai médiatique. Mais je peux vous certifier que le suicide ne fait pas partie des désirs immédiats ou lointains de l’homme d’Etat avec qui j’ai discuté », coupe sec un autre avocat.
Tous ces hommes et femmes de loi qui ont été autorisés à rencontrer le président renversé pour organiser sa défense sont formels : « Laurent Gbagbo semble plutôt terriblement souffrir pour l’humiliation infligée aux Ivoiriens et à son pays par le gouvernement français. Il continue de s’interroger sur les vrais fondements de la guerre que le gouvernement français a faite sans la déclarer officiellement à son pays. Il semble avoir sa petite idée de ce qui se passe, donne l’impression de savoir ce qui peut se passer mais n’en dit rien. Chaque fois que nous avons voulu nous plaindre de ses conditions de détention, il nous a coupés net en disant, avec le tic qu’on lui connaît : ‘’Laissez ça, je suis bien là où je suis !’’. Non, Laurent Gbagbo va bien, il est serein », rassurent les avocats. Qui affirment que le président renversé lit beaucoup et que la Sainte Bible ferait partie de ses principaux centres d’intérêts.
Laurent Gbagbo a été renversé le 11 avril 2011. Sa résidence a été bombardée toute la nuit du dimanche 10 à ce lundi tragique par des hélicoptères de guerre français et onusiens, les Mi 24. Son épouse, Simone Ehivet Gbagbo, député à l’Assemblée nationale, présidente du Groupe parlementaire FPI et lui, ont été arrêtés en compagnie de 116 autres collaborateurs et remis aux chefs de guerre de l’armée privée d’Alassane Ouattara, la rébellion qui a coupé le pays en deux à partir de septembre 2002. Après deux jours au Golf Hôtel, QG du nouveau président déclaré élu par la communauté internationale, Laurent Gbagbo a été transféré à Korhogo où il est sensé vivre en résidence surveillée sous la protection des soldats de l’ONU. Son éviction est intervenu suite à un conflit postélectoral sanglant, son adversaire, Alassane Ouattara, et lui réclamant chacun la victoire finale au deuxième tour de la présidentielle ivoirienne du 28 novembre 2010. Laurent Gbagbo avait invité au recomptage des voix pour dénouer la crise, en soixante douze heures au maximum. La communauté internationale conduite par le gouvernement français a préféré la guerre au recomptage des voix pour restituer la vérité des urnes et permettre aux Ivoiriens de basculer entièrement dans le camp du vainqueur. Cette guerre absurde a fait, selon, Alassane Ouattara, protégé de la France et de ses alliés, 3.000 morts ! Enfermé à Korhogo, le président vaincu par les armes attend le procès pour « crimes contre l’humanité et délits économiques » que lui promet le nouveau président, lui-même rattrapé et sali par les massacres sans nom, passés et en cours d’exécution de nos jours par sa rébellion armée. Révélations des rapports des organisations internationales de défense des droits de l’Homme.

Source Notre Voie
(Ndrl: Le titre est de la rédaction)